25-Exploration
5 mai 2016, Lyon
Sanson s’avance sur le parvis de la Basilique, au milieu de la nuit. Invisible aux yeux des rares badauds encore présents à cette heure tardive, il s’avance jusqu’à la porte de la basilique, fermée par de lourdes chaînes avec un avertissement indiquant sa fermeture pour rénovation.
Il contourne le bâtiment et avise une entrée latérale également cadenassée, mais plus discrète. Il saisit d’une main le cadenas et le brise. Il pousse délicatement la porte et la referme derrière lui. Il s’avance dans la nef du bâtiment pour constater que les travaux sont déjà finis. Il explore les lieux avec méthode. Il contemple un instant la parfaite reproduction du tableau volé qui trône à la place de l’original.
Manuel sait faire des trucs de qualité, quand il veut.
Sanson imagine avec un sourire l’infinie patience d’Amédée être malmenée par la volonté créative de Manuel quand on lui demande une simple copie.
Alors qu’il revient dans la nef, Sanson ressent une étrange sensation dans sa poitrine. Le médaillon semble vibrer légèrement. Il frotte machinalement l’endroit où le médaillon a été incrusté par Alicia et s’avance dans la direction déclenchant le plus de réactions. Il s’approche progressivement de l’autel. C’est de là que viennent les vibrations les plus fortes.
Sanson examine attentivement chaque sculpture de l’arche surplombant l’autel, chaque tissu, chaque élément de cérémonie, sans succès. C’est là que leur ennemi se tenait et elle n’a pas bougé de tout le combat. Un détail attire soudain son attention, sur le sol, des traces. Il passe sa main à l’endroit concerné et y perçoit de fines rainures dans la pierre. Il analyse avec prudence la base de l’autel. Alors qu’il se penche sur le sol, le médaillon se fait plus présent.
Après avoir tourné plusieurs fois autour de l’autel, Sanson s’appuie sur ce dernier et pousse. Même avec la totalité de sa puissance, il lui est difficile de déplacer l’autel de pierre qui glisse néanmoins lentement sur le sol dévoilant progressivement un trou et un escalier donnant accès à l’obscurité en contrebas.
Sans hésiter, Sanson s’engage dans les escaliers. Le temps d’ajuster sa vision au noir absolu qui règne, il découvre un couloir assez bref. Au fond de ce couloir, une pièce, creusée à même la roche accueille en son centre un immense bloc de marbre blanc. Un somptueux gisant est sculpté sur le couvercle du sarcophage.
Dans la poitrine de Sanson, le médaillon vibre si fort qu’il en devient douloureux pour le vampire qui frotte la zone avec entrain pour atténuer les sensations.
Il maudit dans sa barbe les Sorciers et leur magie.
Sanson ouvre le couvercle du cercueil et pose son regard sur le contenu. Rien. Surpris, Sanson fouille de sa main l’espace creux du cercueil, mais ne rencontre que le vide et la pierre froide.
Il remet le couvercle en place et examine en détails la sculpture du gisant. Il s’agit d’un homme, de stature moyenne. Il est vêtu d’une armure de cuir et ses mains repliés sur son torse tiennent un livre et une statuette de femme callipyge. Sanson remarque les ongles particulièrement longs sculptés dans le marbre blanc. Il avise le visage paisible, yeux clos de l’endormi. Il note la présence de deux canines subtilement visibles derrière ses lèvres charnues. Sur son front, un étrange symbole est dessiné. Sanson le dessine sur le papier donné par Alicia et le range dans sa poche.
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Alicia avance d’un pas décidé dans les geôles des Rats. A ses côtés, Antigone semble perdue dans ses pensées. Amédée est également présent et semble afficher une moue impassible malgré le bas de son pantalon imprégné d’un mélange à l’odeur putride. Kalandor clôt le cortège qui arrête sa progression face à la cellule de Gabrielle.
Antigone s’empresse d’ouvrir la cellule à Alicia qui s’avance dans l’espace sombre et humide. Amédée la suit de près. Alicia examine un instant le corps inerte de Gabrielle sur le sol, sa perruque retirée et posée dans un coin de la cellule.
Alicia se tourne vers ses accompagnateurs : « La prisonnière a ses habits non souillés. J’ose espérer que le chemin employé pour les traitres n’est pas plus agréable que pour les serviteurs de son Altesse. »
Antigone fixe un point au sol. Kalandor s’éclaircit la gorge : « Il a beaucoup plu ces derniers temps. » excuse-t-il sur un ton peu convaincant.
Alicia se tourne de nouveau vers Gabrielle, Amédée sort un carnet de notes de sa poche.
« Bien, procédons à cet interrogatoire » Alicia retire le pieu du cœur de Gabrielle. Cette dernière ne réagit pas. Alicia examine de plus près la jeune vampire. Elle plonge son regard dans les yeux vides de la prisonnière. Après quelques instants, Alicia se relève et sort de la cellule.
« Madame Ravelyn, vous ne l’interrogez pas ? » intervient Amédée.
Sans regarder Amédée, Alicia réplique : « Ce ne sera pas fructueux. L’esprit de cette jeune fille a été détruit. Ce n’est plus qu’une coquille vide. Son corps doit être éliminé rapidement. » L’aînée pose un regard appuyé sur Kalandor.Ce dernier semble mal à l’aise. Derrière son masque, impossible de savoir ce que pense Alicia.
« Mais comment est-ce possible ? interroge Amédée.
- Elle n’a pas quitté cette cellule, j’y ai veillé personnellement ! » surenchérit Antigone.
Sans quitter Kalandor sur regard, Alicia répond, évasive « Je vais devoir me renseigner plus en détail pour comprendre ce mystère. Mais je peux vous garantir qu’il n’y a plus rien à en tirer. Son esprit a été détruit. »
Alicia coupe le contact visuel avec Kalandor et emprunte le couloir par lequel ils sont arrivés. Elle s’arrête devant la cellule de la prisonnière de la basilique. Elle observe un instant sa silhouette à travers les barreaux :
« Antigone, comment va votre main ? Le contact de l’argent met du temps à guérir.
- Euh, ça va, ça guérit doucement. » Répond Antigone, surprise.
- N’hésitez pas à venir me voir pour accélérer la guérison.
- Euh… oui Madame Ravelyn. Merci de votre générosité. » Antigone fixe la Régente avec des yeux ronds.
- Amédée, poursuit Alicia, pour cette prisonnière j’ai également des solutions. Nous ne sommes pas obligés d’attendre qu’elle soit apte à parler pour l’interroger.
Amédée affiche sur son visage habituellement impassible une surprise authentique ainsi qu’une réjouissance subtile.
« Ce serait formidable Madame Ravelyn. Cela nous ferait gagner un temps précieux contre l’ennemi. »
Et peut être cela éviterait à Elisabeth son infiltration, ajoute-t-il pour lui-même.
« Il me faut réunir quelques éléments d’abord mais je peux être prête d’ici deux nuits. »
Amédée acquiesce à cette proposition.
Kalandor semble gagner en nervosité. Il parle avec agitation à voix basse avec Antigone. Alicia et Amédée observent avec passivité leur conciliabule.
Kalandor annonce finalement « Suivez-nous. Pour le retour, nous prendrons un chemin différent. » Il passe devant le groupe pour ouvrir la voie.
Dans l’obscurité des égouts, Alicia sourit imperceptiblement.