04-L'arrivée
France, Lyon, printemps 2016
La nuit tombe sur la ville des Lumières. Peu à peu la cité s'illumine, ses ponts, ses tours, dont la plus emblématique domine le cœur de la cité sa pyramide illuminée dressée vers le ciel.
Elisabeth, à l'arrière d'une luxueuse berline noire aux vitres teintées laisse son regard se perdre dans l'obscurité de la ville. Elle observe les gens qui marchent, rient et profitent de la douceur printanière nocturne. Le long du Rhône, les bars-péniches laissent échapper des musiques entraînantes dont les basses rythment les mouvements des corps qui s'y abandonnent. Les reflets des lumières, dans l'eau, dansent au gré du vent, qui souffle intensément ce soir-là.
Elisabeth s'arrache à sa contemplation et se penche en avant pour saisir une bouteille de champagne et un verre, dans le mini bar devant elle. Elle déclenche avec adresse le "plop" caractéristique et remplit une flûte du liquide clair et pétillant. Rangeant la bouteille dans un seau réfrigéré prévu à cet effet, elle porte la coupe de champagne à ses narines et la hume.
Elle s'adresse à son chauffeur :
"Marcello, tu sais, j'adore cette nouvelle vie mais je regrette de ne pouvoir autant profiter qu'avant des plaisirs terrestres. Ce champagne sent si bon... mais je sais qu'y goûter me vaudra d'être nauséeuse pour le reste de la nuit, ou presque. Mais peut être que cela en vaut la chandelle ? Qu'en penses-tu ?
- Tu fais bien comme tu veux Lizzia. Quoiqu'il arrive, je prendrai soin de toi.
- Je sais... je sais... et puis moi aussi je sais prendre soin de toi, tous les plaisirs mortels ne sont pas devenus inaccessibles..."
A l'intonation enjôleuse de sa maîtresse, Marcello s'empourpre et serre un peu plus fort le volant. Il s'éclaircit la voix.
"Nous arrivons bientôt.
- Tu sais, j'ai tout le temps du monde. Et puis, la ville est magnifique de nuit. J'ai hâte de la découvrir."
La voiture sort de la ville pour monter sur les hauteurs qui surplombent la cité. Après plusieurs dizaines de minutes de route, le véhicule s'engage dans une longue allée bordée d'arbres. Alors qu'il remonte l'allée au pas, Elisabeth aperçoit la silhouette du manoir se découper à la lumière de la lune. Les arbres projettent leurs ombres sur la façade de la maison. Quelques lampadaires éclairent faiblement la fin de l'allée et le porche de la luxueuse demeure.
"Je vois que tu as utilisé tout le budget que je t'avais donné pour nous acheter un havre."
Marcello reste silencieux. Il arrête la voiture devant le havre et sort ouvrir à Elisabeth. Cette dernière, vêtue d'escarpins à la semelle rouge et aux talons vertigineux s'extrait avec élégance de la voiture. Sa longue jupe noire, près du corps, fendue jusqu'à mi-cuisse, bruisse à chacun de ses pas. Ses cheveux prunes sont relevés en chignon dont s'échappent quelques boucles qui garnissent sa nuque délicate. Son buste est enserré dans un corset de soie noire dont les laçages rouges mettent en valeur sa silhouette et retombent avec légèreté sur ses reins.
Marcello referme la porte derrière elle et l'accompagne jusqu'à l'entrée. A l'intérieur, de riches lustres déploient leur lumière cristalline dans le hall, éclairant les tapisseries délicates et les tableaux de maîtres accrochés au mur. Le hall dessert une salle de réception et une salle à manger. La cuisine, ainsi qu'une habitation dédiée aux domestiques sont reléguées à l'arrière de la demeure. A côté de la terrasse en bois, une piscine, dont les lumières bleutées se réverbèrent sur la végétation alentours, se ride à chaque bourrasque en dégageant une légère fumée.
"De ce côté de la propriété, indique Marcello en désignant le fond du jardin, on peut voir l'intégralité de la ville. J'ai pensé que la vue te plairait.
- En effet, c'est exquis. Je te félicite. Mais, nous avons du travail. As-tu sécurisé les lieux ?
- Oui mais je dois encore finir de vérifier certains éléments et finaliser la sécurisation du périmètre."
Elisabeth hoche la tête.
"Je me suis renseignée, la cité est encore dangereuse, encore plus pour les Semblables. Tu feras preuve d'une vigilance accrue la journée, je ne veux pas qu'un chien galeux mette une seule patte sur ma propriété. J'ai reçu il y a peu une lettre d'un de mes cousins, Monsieur de Savoie-Aoste. Il passera demain pour me fournir toutes les informations dont j'ai besoin. Il est à la cour lyonnaise depuis plusieurs mois maintenant, et a déjà eu le temps de récupérer beaucoup d'informations sur ses membres. Je ne doute pas que sa visite sera fructueuse. Tu prépareras de quoi nous désaltérer, et de la meilleure qualité. Je tiens à ce qu'il sache que je pourrai apporter le meilleur soutien à notre Sang."