16-The Happy Coffin

Marcello peste derrière le volant de la berline

- Foutu brouillard. Il est arrivé d’un coup, on ne voit pas à dix mètres. Déjà que conduire en ville n’est pas simple, alors si en plus on ne voit rien. En plus, j’entends qu’un orage s’approche, on va se prendre une saucée pas possible…

A l’arrière Elisabeth écoute distraitement les plaintes de son chauffeur et contemple le brouillard d’un air maussade.

- Je te pose ici, je te rejoins dès que j’ai garé la voiture. C’est-à-dire d’ici deux heures » ironise-t-il.

Elisabeth sort du véhicule et avise une enseigne accrochée quelques mètres plus loin, dont la lumière boit à travers l’épais brouillard. Elle distingue d’ici les caractères gothiques qui affichent « The Happy Coffin », le dessin d’un cercueil souriant accompagne le nom.

Elisabeth note l’humour douteux des tenanciers des lieux. Elle se présente à la porte de l’établissement, une boîte de nuit tenue par deux vampires du clan des ombres. Chose inhabituelle s’il en est. D’habitude, ils sont plutôt du côté des semeurs de pagaille. Mais il semblerait qu’ils aient la tolérance du Prince et font leurs affaires tranquillement.

Elisabeth pousse la lourde porte noire et rivetée de l’établissement et se retrouve immédiatement enveloppée par l’ambiance moite et chaude de ce genre d’endroits. Le brouillard semble également présent à l’intérieur, et jette un voile flou sur l’ensemble des lieux.

Elisabeth avance dans le couloir pour se diriger vers la salle principale où l’ambiance festive bat son plein dans une atmosphère tamisée.

Elle s’assoit près du bar et passe en revue les personnes présentes. Il y a du monde pour un soir de semaine. Sur l’estrade près de la piste de danse, Elisabeth reconnait Edward Mordrake. Visiblement, il exerce son activité de DJ dans ce club, avec grand succès, si on en croit la foule qui s’amasse et l’acclame à chaque nouveau morceau, ainsi que les diverses affiches de soirées antérieures qui sont collées sur les abords de son estrade.

Devant l’espace du DJ, une foule relativement dense s’agite en rythme, les corps bondissent, s’entrechoquent parfois, s’enlacent également. Elle avise les pourtours de la scène, divers espaces sont aménagés, invitant à se délasser. Des fauteuils et canapés de cuir vieillis, entourent des tables basses à de nombreux endroits de la salle. Plusieurs groupes y sont déjà installés et rigolent ou discutent avec animation. Des effluves d’alcool et de diverses drogues parviennent aux sens d’Elisabeth.

Elisabeth remarque un couple qui semble pris dans un échange houleux. Ils lui semblent familiers mais ne parvient pas à remettre un nom sur leur visage.

« Brahim EL Hassak et Yvon Leblanc » murmure une voix masculine à son oreille, faisant sursauter Elisabeth qui se retourne vivement vers l’auteur de cette mauvaise blague.

- Je ne t’attendais pas avant deux heures, Marcello. » lui assène-t-elle à moitié amusée. « J’ai horreur que tu me surprennes ainsi. »

- Je sais. » Répond-il avec un immense sourire. « Mais tu étais bien en train de te demander qui étaient ces deux hommes non ? »

- En effet. Merci. Je n’ai pas encore eu l’occasion de les rencontrer. Mais on pourrait apprendre des choses intéressantes.

Elle avise soudain Marcello, qui semble trempé de la tête aux pieds.

- Je vois que la pluie est arrivée, finalement.

- Je vois que les leçons avec ton bel Alexandre portent ses fruits, je salue ton sens de l’observation. » réplique Marcello.

Elisabeth lève les yeux au ciel.

- La jalousie ne te sied pas aussi bien que tes vêtements collés par la pluie. » Elle ponctue sa remarque d’un examen appuyé de la plastique de Marcello, version mouillée. « Va donc sympathiser et te sécher avec la foule, et voir ce qui se dit dans la ville. »

Marcello fait une petite révérence et ajoute sur un ton sarcastique : « A vos ordres, maîtresse ».

Tandis que Marcello s’éloigne pour se mêler aux danseurs, tout en ouvrant sa chemise, il attire rapidement l’attention des femmes et des hommes déjà en piste. Un petit cercle se forme rapidement autour de lui et Marcello enchaîne les danses de plus en plus langoureuses avec tous les volontaires.

Elisabeth reprend son observation et constate que Brahim est désormais seul sur son fauteuil. Elle ignore où est passé Yvon. Profitant de cette opportunité, Elisabeth s’avance jusque vers lui et l’aborde avec son plus charmant sourire :

- Bonsoir. Monsieur El Hassak n’est-ce pas ?

Brahim semble un instant surpris, puis se souvient.

- Je vous remets. Vous êtes l’une des nouvelles venues… Elisabeth c’est ça ?

Elisabeth hoche la tête et s’assoit en face de lui.

- Je n’ai pu m’empêcher de remarquer que vous étiez avec M. Leblanc il y a un instant. Il est déjà parti ?

Brahim, à cette question, se ferme instantanément et répond sur un ton amer :

- Oui, il est parti. Visiblement l’ambiance n’est pas assez bonne pour lui ici…

- Pourtant, Monsieur Mordrake… enfin « DJ Magic » semble faire des merveilles.

Brahim semble se perdre dans ses pensées et reste silencieux, ignorant Elisabeth. Après un long silence, cette dernière choisit de ne pas insister.

- Si je puis vous être utile à quoique ce soit, n’hésitez pas !

Elisabeth se lève, pour rejoindre son poste d’observation au bar, quand une femme magnifique l’intercepte.

- Mademoiselle, c’est un plaisir pour mon compagnon et moi-même de voir quelqu’un de votre rang dans notre établissement.

Elisabeth avise la propriétaire des lieux, Marie de Montparnasse, d’après les fiches d’Amédée : d’une beauté incroyable, sa peau d’une pâleur extrême fait contraste avec une chevelure de jais lui tombant sur les épaules et recouvrant l’intégralité de son dos. Elle arbore une robe entièrement rouge, mettant en valeur sa plastique impeccable.

- Je vous en prie, suivez-moi, nous pourrons faire plus ample connaissance dans l’une des alcôves privées.

Elisabeth avise alors que la pièce, en plus des espaces avec les canapés, est également bordée d’ouvertures, qu’elle n’avait pas remarqué jusque là, masquées par de lourds rideaux noirs ou rouges. En suivant Marie, cette dernière la guide vers l’une d’entre elle. Derrière le rideau que Marie entrouvre pour laisser passer Elisabeth, un espace restreint, mais confortablement doté d’un canapé de velours rouge invite à la détente. Un homme à la peau également très pâle, arborant une barbe de quelques jours y est assis, vêtu d’un impeccable costume intégralement noir.

Elisabeth constate que, curieusement, on n’entend quasiment plus rien de la musique de la salle principale.

S’adressant à l’homme assis, Marie présente Elisabeth :

- Joshua, voici Mademoiselle de la Pierre Blanche, qui nous fait l’honneur de sa visite ce soir. J’ai également pu constater que votre serviteur, Marcello, est également présent. C’est bien cela ?

Elisabeth hoche la tête, tandis que Joshua se lève pour l’inviter à s’asseoir. Visiblement Amédée n’est pas le seul à faire des fiches sur les vampires de la cité. Elisabeth prend place sur le canapé et Joshua et Marie s’assoient de part et d’autre d’elle. Elisabeth commence à se demander si elle a pris une bonne décision en les accompagnant ici.

Ne semblant pas remarquer le malaise de son hôte, Marie enchaîne d’une voix joyeuse :

- Vous avez croisé Brahim ? Lorsque lui et Yvon se disputent, il est d’une humeur massacrante. Ne lui en veuillez pas. Après tout, le Christ lui-même ne prône-t-il pas le pardon ?

- Pourquoi donc se disputent ils ? Un désaccord personnel ?

Marie rit.

- Vous l’ignorez ? C’est pourtant de notoriété publique. Mais c’est vrai que vous venez d’arriver.

- Que suis-je supposée ne pas ignorer ? » demande Elisabeth, légèrement piquée par la remarque.

- Yvon et Brahim, vivent ce qu’on appelle un amour plus que passionnel. Mais Yvon a quelques… problèmes. Cela lui a même coûté son poste de Prévôt, au profit de votre sang d’ailleurs. »

Marie jette à Elisabeth un regard malicieux à cette mention.

- Brahim tente de le ramener vers la sobriété. C’est une âme noble. Que le Christ veille sur lui. »

Sur ces mots, Marie se signe. Joshua attire l’attention d’Elisabeth vers lui en se rapprochant d’elle. Il pose délicatement une main sur sa cuisse. Elisabeth constate qu’il arbore une bague ornée d’une pierre transparente, ridiculement grosse.

- Mademoiselle, comment pouvons-nous rendre votre séjour au « Happy Coffin » mémorable ? Avez-vous certains appétits inhabituels ? Nous serions ravis de pouvoir les satisfaire, dans le respect le plus total de vos lois, bien évidemment. Nos alcôves sont réservées au strict usage par nos semblables et nous garantissons une confidentialité à toute épreuve.

Un instant déstabilisée par l’intensité du regard de Joshua plongé dans le sien, Elisabeth peine à trouver les mots :

- Je… rien ne me vient à l’esprit mais… Je… ne manquerai pas de vous informer le cas échéant.

Si Marcello est plus que séduisant, Joshua se situe clairement dans une catégorie supérieure. Elisabeth se surprend à l’admirer plus que de raison tandis qu’il l’observe en souriant, le contact froid de sa main toujours sur la cuisse de la jeune vampire. Pendant ce temps, Marie s’est levée et a ramené son immense chevelure par-dessus son épaule, dévoilant un dos nu, entièrement tatoué. Elisabeth, voyant le mouvement dans son champ de vision tourne la tête.

Ses yeux se posent sur l’œuvre d’art qui orne le corps de Marie. Une fresque en noir et blanc représentant le Christ sur sa croix. Certains détails semblent différents des représentations habituelles. La scène paraît presque vivante, tellement elle est réalisée avec talent. Elisabeth ne peut quitter le dos de Marie des yeux. Il y a quelque chose dans cette œuvre qui la touche au plus profond d’elle-même. Un frisson la parcourt alors qu’elle sent la main de Joshua se déplacer le long de son bras pour se poser délicatement sur son épaule. Sans qu’elle comprenne ce qui lui arrive, des larmes de sang perlent à ses yeux et s’écoulent le long de ses joues. Le regard toujours perdu dans le dessin, Elisabeth pleure, bouleversée par le sacrifice du Christ, par son abnégation, sa résurrection, son message d’Amour et de Pardon. Quelque chose semble étrange dans cette icône en noir et blanc mais elle ne parvient pas à identifier quoi, ni à en détacher son regard. Elle pourrait passer des nuits entières à contempler le dos de Marie.

Peu à peu, elle reprend ses esprits, malgré les larmes qui continuent de couler :

- Pardonnez-moi… je ne sais pas ce qui m’arrive. Je… suis désolée. c’est… votre tatouage il… il est… magnifique.

Joshua saisit une main d’Élisabeth et, posant délicatement sa main sur sa joue, essuie ses larmes d’un geste doux, et attire son regard jusqu’à lui :

- Ne vous inquiétez pas, il est normal d’être émue face à la beauté de cette œuvre unique au monde. »

Encore sous le choc des émotions qui l’ont submergées, Elisabeth peine à reprendre pied. Elle tourne la tête vers Marie qui lui fait face de nouveau, et a laissé ses cheveux reprendre leur place initiale. Elisabeth semble presque déçue de ne pouvoir continuer à contempler l’œuvre d’art. Aussi insensé que cela paraisse, elle lui manque.

- Je vous raccompagne, Mademoiselle.

Joshua tend son bras à Elisabeth qui le saisit dans un état second. Lorsqu’elle reprend complètement ses esprits, elle est assise dans l’un des canapés de la salle principale, Marcello à ses côtés :

- Tout va bien Lizzia ? Tu regardes dans le vide depuis un bon quart d’heure. Il s’est passé un truc ?

- Oui. Mais je ne suis plus sûre de quoi exactement… Je me sens… bizarre.

Marcello couve Elisabeth d’un regard inquiet. Cette dernière semble perdue dans ses pensées à la recherche de souvenirs qui deviennent de plus en plus flous.

- J’ai soif.

- C’est étonnant, tu as bu il n’y a pas si longtemps, Liz.

- Est-ce que à tout hasard tu aurais ... sympathisé ? s’enquiert Elisabeth, avec espoir.

Marcello affiche un sourire plein de confiance et de séduction.

- Il se trouve que oui, tu as de la chance. Les vêtements mouillés font des miracles.

Il montre du doigt une jeune femme d’une vingtaine d’année qui se déhanche avec entrain sur la piste, au mépris le plus total de la rythmique en cours. Elisabeth hoche la tête. Elle glisse sa main derrière la nuque de Marcello et l’embrasse langoureusement. Surpris d’une telle démonstration publique d’affection, Marcello l’accueille avec plaisir et rend son baiser à Elisabeth.

- Attends-moi à la voiture. Je te fais signe quand c’est bon.

Marcello se lève et se dirige vers la sortie. Il sait qu’Elisabeth préfère qu’il soit loin quand elle chasse. Cette forme de pudeur l’a toujours étonné. Voilà bien longtemps qu’il a accepté la nature de la seule et unique femme qu’il aimera jamais. Il semblerait qu’il faudra encore des années à Elisabeth pour s’en rendre compte.

Au sein du Happy Coffin, Elisabeth observe la jeune femme avec patience. Elle la voit enchaîner les danses et les verres avec son groupe d’amis. Puis l’instant qu’elle attendait se présente : la jeune fille se lève et va aux toilettes, accompagnée d’une de ses amies. Elisabeth lève les yeux au ciel : pourquoi toujours à deux ? C’est plus simple avec les hommes…

La vampire suit les deux jeunes femmes jusqu’aux toilettes. Elles semblent discuter avec animation. Une fois dans les toilettes, Elisabeth s’approche du miroir, et se lave les mains avec minutie. Les trois cabines des toilettes sont déjà prises et les deux jeunes femmes attendent leur tour. Une troisième inconnue vient les rejoindre.

Ça s’annonce compliqué, pense Elisabeth.

Soudain, la jeune fille qu’elle cible avise Elisabeth et la fixe. Passablement éméchée, elle s’approche d’Elisabeth et l’alpague, faisant parvenir des effluves de vodka bon marché au nez de la vampire en chasse.

- Hé ! Je t’ai vu embrasser le bel italien tout à l’heure. Je suis trop deg, il m’a dit qu’il était célib’.

Elisabeth sourit. Parfois la chance est de son côté.

- Il l’est. C’est un bon ami, et je dois dire qu’il est parfait pour… s’amuser. Il est tout à fait enclin à partager ses talents. »

Elisabeth appuie ses propos d’un clin d’œil malicieux et poursuit : « Il m’a d’ailleurs parlé de vous. Vous avez retenu son attention. Il a dû quitter les lieux mais je peux vous amener à lui. Il vous suffira de prévenir vos amis de ne pas s’inquiéter, et le reste de votre soirée sera définitivement sous le signe du plaisir. »

Un sourire carnassier se dessine sur les lèvres d’Elisabeth. La proie plonge dans le piège, avec un petit coup de pouce de sa part, tout est sous contrôle.

Pleine d’enthousiasme la jeune fille s’exclame :

- C’est vrai ? Ce serait super ! Je vous retrouve à l’entrée. »

Dans le hall, Elisabeth s’étonne encore de la faiblesse du mentale des humains. Elle est loin de maîtriser la manipulation, et pourtant, jusqu’à ce jour, elle est toujours parvenue à ses fins. Ce qui lui rend la chasse incroyablement plus facile. Il faut néanmoins choisir ses mots avec précaution, une formule malheureuse peut vite porter à conséquence.

La jeune fille la rejoint quelques minutes plus tard, toujours aussi enthousiaste, semblant avoir dessaoulé un peu.

Une fois dehors, Elisabeth la guide pour la mener au bel italien. A la faveur d’une alcôve plongée dans les ombres, Elisabeth se tourne vers la jeune femme :

- Faisons une pause ici. Je ne vous ai pas encore dit à quel point je vous trouve séduisante. Mon ami italien a de la chance. Détendez-vous, tout va bien se passer.

La jeune femme suit docilement Elisabeth. Elle demande, légèrement inquiète lorsqu’elle croise le regard avide d’Elisabeth : « Il est par ici ? »

Dissimulées dans les ombres, les deux silhouettes féminines se fondent pour ne faire qu’une. Sans un bruit, sous l’extase de la morsure, la jeune inconnue s’abandonne. Elisabeth veille à faire disparaître les plaies et toutes traces de sang d’un délicat coup de langue. Avant de libérer sa proie, Elisabeth lui glisse quelques derniers mots :

- Rentrez chez vous, reposez-vous. Tout ceci n’est qu’un rêve dont vous aurez tout oublié à votre réveil.

Elisabeth suit la jeune fille un instant, qui s’engouffre dans un taxi peu de temps après leur échange. Elle rejoint ensuite Marcello, qui, déjà installé au volant de la berline noire, lit patiemment un livre. Elle s’engouffre à l’arrière sans mot dire. Marcello s’abstient de tout commentaire et démarre la voiture, non sans jeter un furtif regard à sa passagère via le rétroviseur.

Sur le chemin du retour un étrange sentiment étreint Elisabeth. De la mélancolie, mêlée à de la peur.

Les journées suivantes, son sommeil habituellement sans rêve ni cauchemar sera hanté par un Christ ressuscité qui la poursuit pour lui prendre son sang et assurer son immortalité.

***************

Edward range son matériel de DJ, débranche des câbles et les enroule soigneusement les uns après les autres. Marie, accompagnée de Joshua, l’interpelle dans la salle vide où les employés ont déjà rangé les verres et nettoyé le sol.

« Bravo pour ce soir Edward. Ta musique a le don de faire consommer, nous faisons un chiffre excellent les soirs où tu joues."

Edward accueille le compliment dans un sourire malicieux.

- C’est ma magie à moi ! » Accompagnant le geste à la parole il agite ses mains et une rose rouge se matérialise dans l’une d’entre elle. Il la tend à Marie. « Entre autres. » Ajoute-t-il dans un clin d’œil.

Marie sourit. Joshua lève ostensiblement les yeux au ciel.

- Marie, notre invité est là.

A l’annonce de cette nouvelle, Marie redevient sérieuse.

- Merci encore Edward, tu as mérité ton cachet, tu peux rentrer chez toi, le soleil ne va pas tarder à se lever.

Edward glisse un chapeau sur sa tête et salue le couple d’un geste de la main.

- J’ai encore du temps. A plus, les Darkness ! »

Cette remarque lui vaut un nouveau regard blasé de la part de Joshua. Après s’être assuré qu’Edward avait quitté les lieux, Joshua va ouvrir une porte dissimulée dans le décor. André Maurot, raide comme un piquet et plus pâle que d’habitude, s’avance dans la pièce et va se poster directement devant Joshua et Marie.

- Vous avez l’échantillon ?

- Ola, pas si vite. » L’interpelle Marie. « Bonsoir Monsieur Maurot. Bonsoir Madame de Montparnasse. Bonsoir Monsieur de Saint Denis. Comment allez-vous ce soir ? Bien et vous-même ? Cela vous épuiserait-il de nous accorder un peu de cordialité ? » le sermonne-t-elle.

André soupire fortement.

- Bonsoir Marie, Bonsoir Joshua. La soirée a-t-elle été fructueuse ?

- Merci, Monsieur Maurot, de vous en soucier ! » Répond Marie dans un sourire provocateur « Elle l’a été en effet. Une ambiance incroyable. Vous devriez vous joindre à la fête l’un de ses soirs. Nos échanges n’en seront que moins suspicieux, n’est-ce pas ?

- Je vous remercie de votre collaboration. Tant qu’elle perdure vous bénéficiez de la protection de notre clan. » répond froidement André.

- Et nous en sommes infiniment reconnaissants. » Ponctue Joshua avec une pointe d’ironie.

- Donc ? L’échantillon ?"

Joshua sort un objet de sa poche et le glisse sur la table. Il s’agit d’une bague, sertie d’une pierre aussi grosse qu’une noix, entièrement rouge. André se baisse pour la ramasser mais alors que la pièce s’assombrit considérablement, un tentacule d’ombre se saisit de la bague et la tient près de Joshua, qui sourit.

André s’impatiente : « Je ne suis pas venu ici pour jouer ou avoir une vue de vos talents. Je n’ai pas peur du noir. »

- Nous aimerions revoir le paiement. Avec l’action de ce soir, nous risquons plus gros que d’habitude.

- Parce que ? » Interroge André, surpris.

- Parce que la petite Elisabeth, n’est pas n’importe qui. Vous devriez faire mieux vos devoirs sur les nouveaux arrivants.

- Combien ? » se résigne André.

- Le double."

André jette une enveloppe sur la table. « Voici déjà le prix habituel avec un extra de vingt pour cent. Pour le reste, je viendrai rajouter des rituels de protection gratuitement dans votre établissement. Comme quoi, j’ai fait mes devoirs. » Ajoute-t-il avec un faux sourire.

Joshua et Marie se regardent brièvement. Ils hochent la tête. Le tentacule d’ombre qui s’agitait toujours avec la bague la repose délicatement sur la table et la lumière retrouve son niveau habituel dans la pièce. André saisit avec précaution la bague et la glisse dans la poche intérieure de sa veste. Sur ce, il tourne les talons et quitte le club à grand pas.

Sur le canapé, Marie se glisse dans les bras de Joshua et caresse machinalement son torse à travers sa chemise.

- Tu penses qu’ils comprendront quand ? » demande-t-elle.

- Le plus vite possible, j’espère. »

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