21-La Basilique

Lyon, le 30 avril 2016

Elisabeth arrive en avance pour cette nouvelle réunion de la Cour. L’invitation est arrivée à la dernière minute, et le message du Prince était quelque peu cryptique. Mais elle se doit d’être présente la première maintenant qu’elle a récupéré les responsabilités de Manuel. De plus, ce soir, Edward a réquisitionné Marcello pour faire l’accueil et assurer la sécurité du Musée. Devant l’entrée, Amédée est déjà là et l’attend. Marcello est arrivé plusieurs heures avant eux.

Alors qu’ils pénètrent dans le musée pour rejoindre la salle des sculptures, Élisabeth constate qu’Edward est en train de discuter avec Marcello et Jonas.

- Il faut renforcer la sécurité aux entrées Nord et Sud, ainsi que celles des égouts. Est ce qu’il est possible de rajouter des rituels à ceux déjà présents Jonas ?

Jonas semble réfléchir un instant : « ça doit être possible, je vais regarder ça. »

- Cela doit être opérationnel dès ce soir.

- Je vous tiens informés de mon avancement. » répond prudemment Jonas.

Se tournant vers Marcello, Edward poursuit : « Je veux une vérification complète des caméras de sécurité, voyez avec Jenny pour les détails techniques. Je veux également une surveillance renforcée du périmètre et une exploration approfondie de toutes les autres salles. Faites vous accompagner de notre aîné Alexandre Sinclair. Il saura détecter d’éventuelles dissimulations. »

Marcello hoche la tête aux ordres d’Edward : « Attendons nous un assaut quelconque pour renforcer autant notre sécurité ?

- Simple mesure de précaution, ordres du Prince. »

Marcello ne questionne pas plus les instructions et s’en va trouver Jenny qui est un peu plus loin dans la salle, visiblement occupée à pianoter sur son ordinateur.

Le sérieux d’Edward contraste avec son attitude festive du club. Élisabeth comprend mieux pourquoi il tient si bien son poste. Elle se tourne vers Amédée :

- Savez vous pourquoi Edward renforce autant la sécurité de notre lieu de réunion ?

- J’ai entendu quelques rumeurs que mes sources sont en train de vérifier. Je préfère ne communiquer que ce dont je suis sûr, mais sachez qu’il semblerait en effet que le Sabbat s’agite et prévoit quelque chose ce soir. Je pense que c’est pour cela que notre Prince a précipité la réunion de ce soir. » analyse calmement Amédée.

Un voile d’inquiétude passe sur le visage d’Élisabeth. J’espère que les rumeurs sont fausses.

Les vampires de la cité arrivent au compte-goutte à cette réunion. L’ambiance reste lourde, Edward est trop occupé pour annoncer qui que ce soit. Élisabeth prend le relai des annonces en attendant. Elle connaît déjà tout le monde, ou presque. Le premier inconnu pour Élisabeth se présente à elle comme Kalandor, un jeune vampire du clan des Rats. Il arbore un look gothique et sa longue chevelure noir corbeau recouvre à moitié ses yeux. Ses ongles sont peints en noir et aucune touche de couleur ne vient dépareiller sa tenue.

Plus tard, Élisabeth fait également la rencontre de l’aîné du clan de la Lune, Njäll Grundson. Cet homme grand et très mince est habillé d’une veste en tweed et d’un pantalon de velours un peu trop court pour sa grande taille. Ses cheveux blonds et en bataille donnent l’impression qu’il vient de se lever. Il est accompagné d’une jeune femme à l’allure chétive. Elle arbore un grand nombre de bijoux fantaisie aux poignets, sur ses doigts et autour de son cou, qui s’accordent parfaitement avec sa combinaison fluide couleur lila. Ses longs cheveux bruns et légèrement ondulés sont laissés libres. Élisabeth constate avec étonnement qu’un voile blanc masque les yeux de la jeune femme sans que cela semble la gêner le moins du monde pour déambuler dans la salle.

Njäll apostrophe Élisabeth : « Où est donc Manuel ? Vous avez récupéré son poste ? J’avais pourtant interdit de le défier !

Élisabeth répond avec déférence : « Je ne me serai jamais permise de contrevenir à vos ordres, Messire Grundson. Il se trouve que Manuel m’a cédé son poste, comme vous lui aviez cédé le vôtre à l’époque. »

Njäll fixe Elisabeth d’un air sévère quelques instants puis éclate subitement d’un rire tonitruant faisant tourner la tête de plusieurs vampires de la salle.

- Mademoiselle, je salue votre présence d’esprit. Mais j’ai dans l’idée que vous serez moins drôle à ce poste.

- Je le crains, en effet. » admet Élisabeth.

- Qu’à cela ne tienne ! Je trouverai de nouvelles façons de m’amuser. »

Il adresse à Élisabeth un sourire indéfinissable. Tandis qu’il s’éloigne pour aller s’asseoir à une table, Pandore s’approche d’Élisabeth :

- Veuillez excusez mon aîné, chère Élisabeth. Il n’a bien évidemment aucune intention de vous mettre des bâtons dans les roues. Il est juste dans une période un peu… facétieuse. »

Sur ces propos, elle rejoint Njäll et échange à voix basse avec lui, ce qui semble déclencher l’hilarité de Njäll. Gabrielle, affublée ce jour-là d’un perruque rose fluo et de son sac à dos peluche, arrivera plus tard et rejoindra Pandore rapidement.

Du coin de l’œil, Élisabeth voit Marcello partir faire la vérification demandée par Edward, avec Alexandre à ses côtés. L’ambiance entre les deux hommes semble tendue. Chassant cette information de son esprit, Élisabeth constate que tous ceux qui ont annoncé être présents sont arrivés. Dans un coin, Sanson discute avec son équipe de combattants et Amédée. Salomon, Antigone, Alceste et Samuel semblent écouter attentivement les instructions des deux hommes.

Brahim est assis dans un coin de la salle, seul, il contemple la même œuvre d’art depuis son arrivée.

Élisabeth se rapproche de Njäll.

- Messire, j’aimerais savoir s’il est possible d’avoir quelques minutes de votre attention.

L’aîné fait signe à Gabrielle et Pandore de s’éloigner, ce qu’elles font en discutant.

- Je vous écoute.

Élisabeth glisse la lettre de son Prince sur la table :

- J’aimerais savoir si vous pouviez m’aider à décrypter ce message que mon ancien Prince, Cassius, m’a remis avant de m’envoyer ici. Malgré mes efforts, je n’ai pas réussi à en tirer quoique ce soit. Je me disais, que quelqu’un du même sang que lui comprendrait sans doute. »

Njäll saisit le bout de papier recouvert de symboles indéchiffrables. Il plisse les yeux un instant.

- Ah Cassius ! Ce vieux brigand. J’espère qu’il va bien ! »

Élisabeth hoche la tête. Njäll hèle Pandore sans quitter des yeux le papier.

Cette dernière approche rapidement.

- Oui, Messire ? »

Il tend le papier à Pandore.

- Mademoiselle de la Pierre Blanche à une énigme d’un membre de notre sang. Je pense que tu seras la plus à même de la déchiffrer. »

Njäll se tourne vers Élisabeth : « Pandore est l’une des marcheuses de rêves les plus talentueuse de notre sang. S’il y a quelque chose dans ce message, elle le trouvera. »

Pandore s’empare du bout de papier et commence à l’inspecter. Après quelques secondes d’examen, elle s’effondre brutalement au sol. Élisabeth se précipite auprès d’elle. Grundson reste impassible.

- Que se passe-t-il ? Il faut faire quelque chose ? » Élisabeth s’agite et tente de réveiller Pandore, inconsciente.

- Il y avait visiblement bien un message sur ce papier, Mademoiselle. Pandore est partie le chercher. Veillez à l’installer confortablement le temps qu’elle revienne. »

Interloquée, Élisabeth fait installer Pandore dans un coin de la salle. Elle reste à son chevet.

*************

Pandore ouvre les yeux. Elle est allongée par terre. Le sol est doux et chaud. Elle glisse sa main autour d’elle et caresse doucement les brins d’herbe qui l’entourent. Elle se redresse. Un paysage fantasmagorique l’entoure. Le monde des rêves.

Ici, elle voit tout, comme avant de devenir aveugle. Pourtant elle n’avait jamais vu cet endroit auparavant. L’herbe y affiche un violet sombre tout à fait inattendu. Tout le paysage est dans les teintes violacées, allant du parme au lila, en passant par le rose. Elle se trouve dans un jardin, une douce lueur est portée par d’innombrables lucioles de couleur bleutée. Une délicate brise fait onduler ses cheveux et tinter ses boucles d’oreille.

Elle avise un kiosque de bois blanc devant elle, comme ceux qu’on trouve dans les parcs. Dans ce kiosque, un homme est assis sur un banc. Sobrement vêtu d’un costume de lin beige, pieds nus, Il semble contempler le paysage, un doux sourire sur le visage. Pandore s’approche prudemment de l’homme. Si le Monde des rêves n’a aucune limite, il n’en reste pas moins dangereux, et plusieurs de son sang y sont déjà restés piégés.

L’homme pose son regard sur la jeune femme qui approche :

- Bonsoir Pandore. Tu as eu mon message, je vois. » Dit-il sobrement.

Pandore hésite sur la conduite à tenir.

- Ce message était initialement destiné à quelqu’un d’autre que moi.

- Détrompe toi, chère enfant. J’espérais bien que Mademoiselle de la Pierre Blanche contacte votre clan pour décrypter mon message. Elle est assez prévisible. Tu es la seule à pouvoir lire cette clé qui est un accès direct à mon rêve personnel. » Il ouvre les bras, englobant le paysage alentours pour illustrer ses propos.

Il rit légèrement et invite Pandore à venir le rejoindre sur le banc. Elle s’exécute.

- Mais je manque à tous mes devoirs, chère Pandore. Je me présente, je suis Cassius, Prince D’Issime et Ancien du clan de la Lune.

Pandore semble un instant paniquer et se relève pour faire une révérence : « Votre Altesse. »

- Allons Pandore, dans le monde des rêves il n’y a plus ni titre, ni étiquette. Tu peux m’appeler Cassius.

Pandore hoche la tête timidement et se rassoit à ses côtés.

- J’avais besoin de te parler en privé, Pandore. »

Cette dernière affiche une surprise authentique.

- Mais… tous les membres de notre sang ont accès au rêve. Rien n’est pas vraiment privé par ici.

- Il se trouve que j’ai créé un espace privé, rien que pour toi et moi. Tu vois ces lucioles ? »

Pandore hoche la tête.

- Ce sont nos autres frères et sœurs qui sont reliés au monde des rêves en ce moment. Chacun d’entre eux, sans exception. Regarde bien, vois tu quelque chose de notable ? »

Pandore observe attentivement. Parmi toutes les lueurs qui dansent dans la brise, l’une d’entre elle se distingue. Elle brille d’un éclat bleu, mais plus sombre. Son aura semble teintée de veines noires.

- Celle-là. Qui est ce ?

- Une membre de notre sang. Très puissante. Mais qui n’est pas de notre côté. Elle protège son monde des rêves avec grand talent et je n’ai jamais pu la surprendre pour l’espionner ou l’éliminer. Mais je sais de source sûre qu’elle est sur Lyon. Je te demande de la trouver. Et de l’éliminer.

Pandore hésite.

- Mais, je ne suis pas une combattante. Je n’ai pas grand pouvoir, je ne pourrai pas faire face à quelqu’un qui vous tient tête.

Cassius lui sourit gentiment.

- Tu es amnésique, n’est ce pas ? Ta folie t’a fait perdre tout souvenir ? Est ce bien cela ?

Pandore baisse le regard et hoche doucement la tête : « Je ne me rappelle pas de mon étreinte, ni des personnes qui m’ont formées. Je ne me rappelle de rien avant mon arrivée à Lyon. Tout ce que je sais, c’est que je dois y être. »

Cassius opine.

- Oui, et c’est pour traquer cette abomination que tu y es. Son dernier nom connu est Galrona Hibbiscaus. »

Pandore se lève et Cassius l’accompagne.

- Désormais, si tu as besoin de me contacter, tu pourras revenir à ta guise ici. Va, mon enfant, je te libère. »

Alors que Pandore disparaît dans une brume légère, Cassius jette de nouveau un œil vers la lumière sombre qui flotte dans les airs.

- Sois prudente, ma fille. »

*************

Élisabeth sursaute quand Pandore se redresse subitement. Un immense soulagement l’envahit :

- Mademoiselle Pandore ! Allez vous bien ? Que s’est-il passé ? »

Sans un regard pour Élisabeth, Pandore se lève et se dirige vers Njäll pour lui dire quelques mots. L’ancien se lève de toute sa hauteur et annonce « Nous rentrons. »

Gabrielle les rejoint avec entrain mais est immédiatement refroidie par Grundson : « Non, pas toi Gabrielle. Reste ici avec les autres. Ils auront besoin d’aide. »

Gabrielle, visiblement déçue, hoche la tête. Avant de quitter le Musée avec Pandore, Grundson est allé glisser quelques mots à l’oreille de Sanson. Élisabeth curieuse, tend l’oreille :

« Sanson, quoiqu’il arrive, Gabrielle ne doit pas sortir d’ici. »

Sanson opine imperceptiblement.

Amédée s’éloigne du groupe en plein conciliabule pour prendre un appel. Impassible, il annonce à Sanson :

- Il y a des signalements. Plusieurs suspects ont été identifiés. Environ une dizaine de vampires ont été repérés.

- Où ça ?

- La basilique de Fourvière.

- On y va !

Amédée approuve.

- Je continue de vous fournir les informations au fur et à mesure. Restons en contact. »

L’atmosphère change instantanément dans la pièce à la seconde où la rumeur répand la nouvelle. Alexandre et Marcello reviennent de leur vérification sur cette annonce. Ils s’approchent d’Élisabeth :

- Qu’est ce qu’il se passe ? » Demande Marcello en premier.

- Je ne sais pas trop. Il vaut mieux voir avec Sanson et Amédée. » réplique Élisabeth.

Marcello rejoint le groupe en pleine effervescence tandis qu’Alexandre reste aux côtés d’Élisabeth. Sanson aboie des ordres de sa voix rocailleuse :

- Salomon, Jenny, vous êtes sur la coordination et le support. Lancez les drones en reconnaissance de la zone. Salomon, distribue à tout le monde des écouteurs pour rester en contact. Et tâche de rendre tes explications simples, pour une fois. »

Salomon disparaît de la salle tandis que Sanson continue d’orchestrer le départ des troupes :

« Brahim ! Tu viens avec nous. Un boxeur ne sera pas de trop. » Brahim rejoint le groupe en préparation.

« Antigone, Alceste, Samuel, Brahim, avec moi dans la camionnette. Marcello, tu conduis. »

Sanson interpelle le Gardien : « Edward, je te laisse continuer de gérer la surveillance ici. En cas de grabuge, n’engagez pas le combat et évacuez le Musée. »

Salomon revient rapidement avec une petite mallette et une grosse caisse qu’il semble porter sans difficulté malgré sa corpulence. De la petite mallette, il sort des choses minuscules que l’équipe d’intervention se glisse dans l’oreille. Jenny s’active autour de la grosse caisse et libère plusieurs drones, ainsi que deux ordinateurs portables dernier cri.

Tandis que l’escouade équipée quitte le musée, Alexandre entraîne Élisabeth dans l’une des alcôves de la pièce. Il lui indique un tableau accroché au mur. Élisabeth se tourne avec surprise vers Alexandre.

- J’ai suivi votre conseil, dit-il d’une voix douce, elle a enfin la place qu’elle mérite.

Dans sa robe bleue, sur le mur, Lucinda pose un regard doux sur Élisabeth et Alexandre.

Sur le parvis du musée, une camionnette blanche est stationnée, Marcello au volant. Il descend pour ouvrir les portes arrière. Certains passants observent la scène avec curiosité à cette heure tardive. Après avoir attendu quelques minutes, Marcello referme la porte. Il retourne dans l’habitacle et donne deux coups vers l’arrière de la camionnette. Deux coups lui répondent en retour. Ils prennent le chemin de la Basilique.

Assis à l’arrière de la camionnette, Brahim, Sanson, Antigone et Alceste sont silencieux. Ils n’ont aucune idée de quels adversaires ils vont trouver là-bas.

Sanson pose une main sur l’épaule d’Antigone : « Tâche de garder le contrôle s’il te plaît. » Antigone opine. « Et tâche de le tenir à distance. »

Agités par la conduite dynamique de Marcello sur les pavés, tous les passagers sont soulagés à l’arrêt du véhicule. Marcello leur ouvre.

« Marcello, reste près de la camionnette pour couvrir notre retraite au cas où. » Marcello fait un signe de tête.

Sanson annonce : « Nous allons nous approcher de la basilique, je m’occupe de nous couvrir, mais nous serons à découvert sur le parvis alors je vous demande la plus grande prudence. »

Il se tourne vers sa cadette: « Alceste, tu sais ce que tu as à faire. Tu peux te positionner sur le toit en face du parvis. »

Sanson désigne le bâtiment sélectionné. Alceste saisit un étui d’arme à feu ainsi qu’un sac de cuir qui tinte quand elle le déplace. Antigone jette un regard admiratif à sa jeune sœur : si Alceste ne vaut rien dans un combat à mains nues, elle est incroyablement douée en tant que tireuse d’élite.

Un craquement se fait entendre dans leurs oreillettes. La voix de Jenny résonne dans leurs tympans : « Drones en approche. Sur zone dans 5 minutes 37 secondes. Je répète, drones en approche. Terminé. »

« Merci Jenny, je veux une vérification du périmètre complet quand ils seront arrivés. »

Après quelques secondes de silence, Sanson s’inquiète : « Jenny ? »

- Terminé. Sanson, tu dois dire Terminé quand tu as fini, sinon je ne sais pas.

- Quoi ? Oh non, tu vas pas me bassiner comme la dernière fois.

- Terminé. Tu n’as pas dit terminé. »

Le petit groupe lève les yeux au ciel pendant qu’ils profitent tous de l’échange entre Jenny et Sanson. Ce dernier soupire d’agacement. Les drones arrivent et sont repérés par le groupe. Ils font le tour de la basilique et vérifient tous les accès.

- Aucun signe de vie autour de la basilique. Impossible de voir à l’intérieur, les vitraux brouillent les images. Les dernières informations font état d’une quinzaine de vampires sur place. Terminé. »

- Alceste ? Tu en es où ? »

Quelques instant passent. Sans réponse.

- Alceste, tu en es où ? » Un craquement se fait entendre dans les oreillettes.

- Je suis en place, désolée, j’ai eu un souci avec mon oreillette. Terminé. »

Sanson fait signe au groupe d’avancer, ils montent les marchent et poussent aussi discrètement que possible la lourde porte de la basilique et la referment derrière eux.

La surprise passe sur le visage du groupe. À l’intérieur de la nef, ils tombent sur un groupe d’une trentaine de vampires. Assis sur les bancs, ils font face à l’hémicycle, ils semblent assister à une cérémonie.

Debout sur l’autel, une femme vêtue d’une combinaison moulante noire tient à bout de bras un homme inconscient et grièvement blessé, au visage ensanglanté. Ce dernier arbore une tenue de prêtre. Les bras de la jeune femme sont recouverts de ce qui ressemble à d’immenses gants en côte de maille lui remontant jusqu’à mi-bras. S’emparant d’un couteau à sa ceinture, elle tranche la gorge du malheureux, dont le sang se répand en saccade, sous les vivats des vampires présents dans la salle.

« On arrive trop tard. » chuchote Brahim, horrifié.

- Non, ils sont encore tous là. » sourit Antigone d’un air malsain.

- Doucement. Jenny, il y en a bien plus d’une quinzaine, ils sont au moins trente, peut être plus dans la crypte. » informe Sanson à voix basse.

Samuel laisse glisser son long manteau de cuir pour dévoiler son épée fixée dans son dos, qu’il dégaine le plus doucement possible.

Sanson se tourne vers son équipe.

- A mon signal. » Il s’avance doucement vers le dernier banc de la salle.

« Maintenant ! » Accompagnant le geste à la parole, il s’empare du banc le plus proche et le projette à travers la salle, fauchant un bon tiers des vampires présents.

La jeune femme, assiste à la scène, et toujours debout sur l’autel ne bouge pas.

Brahim est le premier à se jeter dans la mêlée. Il enchaîne les coups de poings avec une rapidité déconcertante, l’ennemi est dominé par sa technique. Aucun mouvement n’est superflu. Il évolue au milieu des bancs, avec la grâce du professionnel qu’il était, repoussant ses assaillants un par un, faisant exploser leur nez ou leur mâchoire à l’impact.

Antigone rejoint la bataille. Elle saisit un banc dont elle se sert comme arme improvisée, sous ses coups, les crânes se brisent, et les os se fracturent dans des bruits qui résonnent dans la nef. Sur un coup puissant, le banc se brise en multiples morceaux et Antigone poursuit ses attaques, tantôt à mains nues, tantôt avec ce qui lui tombe sous la main.

Samuel observe un instant la scène et regarde Sanson et Antigone se battre avec toute leur subtilité familiale. Il constate que ces vampires semblent jeunes et peu expérimentés face à des combattants comme eux. Avec son épée, Samuel s’emploie à trancher les têtes des vampires inconscients ou sonnés pour les réduire méthodiquement en cendres.

- D’autres arrivent ! » annonce Sanson. En effet, semblant remonter de la crypte, une vague d’ennemis submerge de nouveau le groupe de combattants alors qu’ils venaient à bout du groupe initial.

Une partie du nouveau groupe ne semble pas prêter attention au groupe d’assaillant et se dirige vers la sortie. Brahim tente de leur barrer la route mais est acculé par cinq adversaires qui arrivent à le mettre au sol et se jettent sur lui.

- Brahim ! » Hurle Samuel.

Face au nombre, Sanson et son équipe peinent à contenir la sortie des nouveaux venus. La porte derrière eux a été ouverte et plusieurs vampires la franchissent. Un coup de feu étouffé retentit.

Les oreillettes grésillent, Alceste alerte « Ils sortent de la Basilique. Jenny, les lumières ! » les oreillettes diffusent un cliquetis d’armement, puis un nouveau tir silencieux.

Dans la salle du musée, le silence règne. Jenny et Salomon sont absorbés sur leurs ordinateurs, passant de l’un à l’autre. Sans même se parler, leur ballet semble d’une harmonie incroyable.

Autour de la table, tous les autres vampires sont réunis, écoutant avec attention les échanges que Jenny diffuse sur une enceinte. Amédée semble particulièrement tendu. Gabrielle serre contre elle son sac à dos. Triomphante, Jenny frappe sur une touche de son clavier et annonce « Lumières coupées ! Terminé. ».

Du côté de la vieille ville, Alceste constate l’arrêt brutal de l’éclairage public. La Basilique ainsi que l’intégralité du quartier est plongé dans le noir. Alceste s’étonne : « Euh… Jenny, t’as pas eu la main un peu lourde là ? »

Un grésillement inaudible lui répond.

Dans la Basilique, l’affrontement se poursuit. Samuel tente de se frayer un chemin en tranchant tous ceux qui l’empêchent de rejoindre Brahim quand soudainement, le groupe de cinq vampires qui étaient sur l’ancien boxeur se retrouvent projetés à plusieurs mètres. Un ours de deux mètres de haut remplace désormais Brahim et gronde puissamment au sein de la basilique. Avec ses pattes puissantes, il arrache des membres et déchiquette tous les vampires à sa portée qui tombent en cendres les uns après les autres.

Antigone se saisit d’un attaquant qui court vers la sortie et lui enfonce la tête dans un bénitier en marbre, le brisant par la même occasion. Un cri de douleur rebondit entre les colonnades tandis que l’eau bénite entame les chairs de son ennemi qui termine en cendres à ses pieds.

Coup après coup, le petit groupe parvient à éliminer tous les vampires encore présents.

Épuisé, le groupe s’assure que tout le monde va bien. Un cliquetis de chaînes se fait entendre et la femme, toujours debout sur l’autel, déroule lentement ce qui ressemblait de la côte de maille pour les transformer en longues chaînes argentées. Dessous, se dévoilent de longs gants de cuir épais recouvrant ses bras.

Avançant vers eux, elle s’adresse aux combattants d’une voix suave :

- Bravo. Je suis presque impressionnée. »

Elle saute avec grâce de l’autel, traînant derrière elle ses chaînes, et s’avance dans le couloir central.

- Celle là n’est pas comme les autres. » murmure Sanson. « Faites attention. »

Sanson se précipite sur elle, et elle l’esquive sans peine, tout en lui assénant un coup de pied en plein ventre qui projette violemment Sanson contre un mur. Ce dernier récupère instantanément et charge de nouveau, cette fois-ci accompagné de Brahim qui a repris forme humaine, entièrement nu, et de Samuel, sa lame au clair.

Avec grâce, la jeune femme esquive leurs attaques. Alors qu’elle est dans les airs, elle lève ses bras et fait claquer ses chaînes en direction de Sanson et Brahim. Avec un sourire satisfait, elle touche Sanson au visage et Brahim au torse. Au contact du métal, les deux hommes laissent échapper un grognement sourd et posent un genou au sol. Une légère fumée s’élève à l’endroit de l’impact et une profonde plaie se dessine et continue de se creuser. Sanson est touché à l’œil et ne parvient plus à ouvrir ce dernier qui n’est plus qu’un amas fumant de chair barré d’une immense cicatrice.

- De l’argent ! » Hurle Brahim, alors qu’il porte la main là où il a été touché.

Samuel se lance, et alors qu’une chaîne arrive droit sur lui, il pare avec vivacité. La chaîne s’enroule autour de sa lame, et la jeune femme tire d’un coup sec. Samuel, accroché à son épée est projeté à son tour à travers l’espace et atterrit lourdement dans l’un des collatéraux. Son épée retombe dans un tintement à quelques mètres de lui.

- Vous êtes pathétiques. C’est tout ce que vous valez ? » provoque l’inconnue.

Se relevant de sous les gravats, Samuel boîte. Brahim et Sanson semblent avoir toutes les peines du monde à ignorer la brûlure continuelle de l’argent sur leur chair.

Antigone s’avance calmement dans le couloir central, faisant face à la jeune femme.

- J’aime bien tes chaînes. Tu me les donnes ? » Demande-t-elle en penchant la tête dans un sourire arrogant.

- Avec plaisir. » La jeune femme lance ses deux chaînes vers Antigone. Cette dernière n’esquisse pas un mouvement.

- Esquive ! » lui ordonne Sanson qui tente de rejoindre sa fille mais que la douleur ralentit.

Les deux chaînes s’approchent d’Antigone à grande vitesse. Cette dernière tend son bras gauche devant elle. Les deux chaînes s’enroulent autour de l’avant-bras d’Antigone. Malgré le tissu de sa chemise, une légère fumée s’élève et passe à travers l’étoffe.

« ça ne te protégera pas, imbécile ! » lui crache l’inconnue avec un sourire méprisant.

Antigone fixe la jeune femme et dans un geste lent enroule les chaînes encore plus sur son bras gauche. Lorsque sa main se saisit des deux chaînes, le contact du métal, entame les tissus de la jeune femme qui se mettent à crépiter et fumer de plus belle.

L’inconnue fixe Antigone avec surprise : « Qu’est ce... » Elle tente de ramener vivement les chaînes vers elle mais ces dernières ne semblent pas les bouger d’un pouce sous la poigne d’Antigone. Elle constate que les pieds de cette dernière sont enfoncés de cinq centimètres dans le sol de la Basilique.

« Quand est ce que… ?? »

Antigone sourit. Le visage de la jeune femme se décompose.

« Je te tiens. » murmure Antigone.

D’un coup sec, Antigone tire vers elle les deux liens qui l’unissent à la jeune femme et l’attire à elle. Lorsque cette dernière arrive à pleine vitesse à son niveau, de sa main encore valide, elle l’empoigne en plein visage et l’écrase au sol, avec un coup si puissant que les vitraux en tintent.

La jeune femme ne bouge plus. Antigone se libère des chaînes, qui ont laissé de profonds sillons jusqu’à l’os sur ses mains, et arrache un bout de bois d’un banc brisé à proximité et l’enfonce sans hésitation dans le cœur de l’inconnue. De sa main valide, elle lui arrache ses épais gants de cuir et emballe soigneusement les chaînes avec.

Médusés, Brahim, Sanson et Samuel la voient saisir le corps inerte pour le jeter sur son épaule et se diriger calmement vers la sortie.

- Vous venez ? Dit-elle à leur attention. « Alceste, me tire pas dessus, je vais sortir. En plus, j’ai un cadeau pour toi, sœurette. »

Sur le parvis plongé dans le noir, le petit groupe distingue un tapis de cendres qui se fait balayer par le vent. Alceste a visiblement bien travaillé. Leur oreillette grésille de nouveau : « J’ai pas pu tous les avoir, certains se sont échappés. » déplore Alceste. « Ils ont emporté un truc mais j’ai pas vu quoi.»

Sanson retourne en courant dans la Basilique. Les autres l’attendent sur le parvis. Il revient quelques minutes plus tard : « Je sais ce qu’ils ont pris. »

Le groupe l’interroge du regard : « Un tableau, « La vierge aux larmes de sang » a été dérobé. »

Sanson semble perdu dans ses pensées. « Allons faire notre rapport. »

Alors que le petit groupe dissimulé revient vers la camionnette, Marcello semble revenir également.

« Je me suis permis de suivre certains fuyards. Je les ai vu s’engouffrer dans les égouts. J’ai noté l’emplacement exact. »

Sanson opine : « On a pas le temps de les chasser ce soir. On ira enquêter plus tard. On doit ramener la prisonnière. »

Marcello avise la femme sur l’épaule d’Antigone.

Sanson adresse un dernier message : « On rentre au musée. On coupe ici. »

Il retire son oreillette et toute l’équipe fait de même.

Dans la salle du musée, Amédée s’avance vers Jenny et Salomon : « Envoyez l’équipe de nettoyage immédiatement. ». puis il marmonne dans sa barbe « ça va encore nous coûter une fortune en réparation... »

Dans la camionnette, sur le chemin du retour, l’atmosphère est lourde. Sanson brise le silence, et de sa voix sombre demande à sa fille : « C’était quoi là dedans Antigone ? Depuis quand tu résistes à l’argent ? »

Antigone brandit sa main droite, qu’elle fait bouger difficilement : « Je ne suis pas immunisée. Juste… je ne suis pas sensible à la douleur. »

- ça n’a aucun sens. Tu aurais pu te faire tuer. »

Antigone sourit à son père : « Bien sûr que non, puisque vous étiez là. »

- Nous en reparlerons. » conclut Sanson.

Alceste vient se coller tout près de sa sœur et lui glisse à l’oreille : « Comment tu as fait pour résister ? Tu pourras m’apprendre ? »

Antigone glisse un bras autour des épaules de sa sœur : « Non, je ne peux pas. Tu vois, le secret pour résister, c’est de se concentrer sur des douleurs plus vives, qu’on a connu. » Antigone dépose un baiser sur le front de sa sœur et poursuit joyeusement : « Mais avec ces chaînes tu vas pouvoir te refaire un sacré stock de balles en argent ! »

Alceste sourit avec tristesse à sa sœur. Une douleur plus intense que l’argent ? Comment est ce possible ?

Tandis que la camionnette se dirige vers le musée, à l’intérieur de ce dernier, Gabrielle s’éloigne discrètement du petit groupe formé autour de Jenny et Salomon. Alors qu’elle monte les marches vers la sortie, Edward et Alexandre lui barrent la route : « Où allez vous, Mademoiselle ? Il serait pertinent que vous restiez pour accueillir notre groupe de valeureux combattants, non ? » Alexandre lui adresse son sourire le plus charmant. Gabrielle hésite sur la conduite à tenir.

- Je suis attendue et il faut que je sois à l’heure, sinon je vais éveiller les soupçons de ma source. Je pense avoir des informations en lien avec les évènements de ce soir. »

Edward et Alexandre ne bougent pas d’un centimètre.

- Il est important que chaque membre de cette cité partage ces victoires. Le Prince ne devrait pas tarder. Restez, mademoiselle. » insiste Alexandre sur un ton ne laissant aucune place à la négociation.

Gabrielle abdique, et fait demi tour, talonnée de près par les deux hommes. De retour dans la salle, Élisabeth adresse un regard interrogateur à Alexandre qui semble concentrer toute son attention sur Gabrielle.

Quelques instants après l’arrivée du Prince, le groupe de combattants descend les marches, Brahim et Sanson sont aidés par Alceste et Samuel. À la seconde où il constate que Brahim est blessé, Yvon se précipite pour prendre le relai d’Alceste et s’occuper de son compagnon. Il le couvre de sa veste et semble très inquiet.

Antigone, portant l’inconnue de la Basilique sur son épaule, la jette sans ménagement aux pieds du Prince. Son corps inerte roule jusqu’à Jean qui pose un œil torve dessus. Il passe en revue ses troupes.

« Puis-je savoir qui l’a mise dans cet état » faisant référence au visage à moitié enfoncé de la femme.

Antigone va pour ouvrir la bouche quand Sanson l’interrompt : « C’est moi, votre Altesse. Nous n’avions pas d’autre choix pour la mettre hors d’état de nuire ».

Un silence s’installe dans la salle.

« Je vois. Il va lui falloir du temps avant de pouvoir parler et dévoiler ce qu’elle sait. Qu’on l’emmène dans les geôles des rats. J’interdis quiconque d’avoir un contact avec elle. À l’exception d’Antigone qui aura pour mission de veiller à sa guérison et sa capacité à être interrogée.»

Il cherche dans la salle un instant et « Gabrielle ! Approchez !»

La jeune femme semble surprise, toujours cernée par Edward et Alexandre, elle s’avance vers le Prince et met un genou à terre.

« Gabrielle, vous êtes accusée d’être une espionne au compte du Sabbat. Vous allez rejoindre votre amie dans les geôles en attendant votre sentence. »

Gabrielle se relève et proteste : « Quoi ?!! mais pas du tout !! Il y a méprise votre Altesse. S’il vous plaît ! Écoutez moi ! »

Elle supplie du regard tous les vampires présents dans la salle qui ignorent sa complainte.

Le Prince fait un signe de tête à Alexandre qui enfonce un pieu dans le cœur de Gabrielle qui s’effondre au sol. Élisabeth ouvre de grands yeux de surprise. Elle repense à l’instruction de Grundon à Sanson.

Les deux corps inertes des jeunes femmes sont emportés par Sanson et Antigone, accompagnés d’Amédée, dans les égouts.

Avant que Sanson ne quitte les lieux, Jonas s’approche de lui et lui glisse subrepticement un mot : « Sanson, mon aînée souhaiterait s’entretenir avec vous. »

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