22-L'enquête

Le lendemain soir, Amédée parcourt, comme à son habitude, le journal du jour : « Coupure de courant exceptionnelle au cœur de la ville lyonnaise. Aucun dégât n’est à déplorer. L’erreur informatique à l’origine du problème a été corrigée rapidement par les agents d’EDF qui travaillent quotidiennement à assurer une qualité de service irréprochable. »

Un peu plus loin, il lit :

« La Basilique de Fourvière entame son chantier de rénovation annuel ! L’accès au public sera partiellement fermé, le temps de donner une nouvelle vie aux peintures murales et aux vitraux, abîmés par le temps et la pollution. »

Aucune mention du vol du tableau. Le temps de faire une parfaite reproduction, tout cela passera inaperçu. Il soupire.

Heureusement que je suis là pour passer derrière Sanson et ses hommes. Ce sont des brutes sans discernement.

Amédée continue sa lecture et survole les petites annonces quand l’une d’entre elle retient son attention :

« Perte de repère ? Quête de sens ? Difficultés relationnelles ? En cette époque où les changements sont constants, il est difficile de s’y retrouver. Si vous souhaitez rejoindre une communauté basée sur l’entraide et la bienveillance, contactez-nous ! Travaillons ensemble à la société de demain ! Retrouvez-nous sur notre site associatif https://lesqueteursdurenouveau.fr ou encore à contact@queteursdurenouveau.fr »

Il pose le journal et se lève pour saisir l’un des innombrables classeurs rangés dans sa bibliothèque qui semble en contenir des centaines. Il l'ouvre et va directement à l’une des fiches. Il la parcourt attentivement et referme le classeur.

C’est bien ce qu’il me semblait. Il faut que j’en informe le Prince.

*************

Sanson gagne en nervosité alors que l’ascenseur le conduit en haut de la tour des Sorciers. La porte s’ouvre sur le couloir vide et immaculé mais sa nervosité monte d’un cran.

Une boîte en bois sous le bras, il avance un pied prudent dans le couloir, surveillant les murs avec attention. Tout son instinct semble lui indiquer un danger imminent et ses muscles sont tendus, prêts à réagir. Rien ne semble se produire alors qu’il presse le pas pour atteindre le bureau d’Alicia. La porte est ouverte et la Régente est assise derrière son bureau un léger sourire aux lèvres. Elle semble fixer un point sur le mur derrière Sanson tandis que ce dernier, toujours sur le qui-vive, pénètre dans son bureau.

Tout va bien, tu peux retourner te cacher DIonach

Oui maîtresse.

La Gargouille qui a accompagné Sanson durant tout son trajet disparaît de nouveau dans les parois du bâtiment.

Avec hâte, Sanson dépose sur le bureau de la Régente une boîte de bois simple avec une petite serrure sur le devant.

« J’ai bien reçu votre message et les instructions transmises par Jonas. Voici ce que vous avez demandé. »

Alicia examine la boîte et passe sa main avec précaution dessus.

« Il n’y a aucun piège si c’est ce que vous craignez.

-Prudence est mère de sûreté. La clé ? » exige-t-elle sans un regard pour Sanson ;

Un rat sort de la poche de Sanson et grimpe avec agilité sur le bureau de la Régente et sur la boîte. Il semble mâchouiller quelque chose et recrache une petite clé en étain sur le couvercle de la boîte dans un tintement discret. Alicia jette un regard circonspect au jeune vampire qui affiche un large sourire.

« Que voulez-vous, je n’ai jamais trouvé les portefeuilles pratiques. »

Alicia saisit un mouchoir de l’un des tiroirs de son bureau et essuie la clé avant de l’insérer dans la serrure qui s’ouvre sans difficulté. Elle soulève le couvercle, observe son contenu et le referme après quelques instants.

« Merci Sanson. Vous n’avez pas ouvert son contenu depuis que vous avez signé le contrat avec Monsieur Verdiani ?

- En effet.

- Vous dites la vérité. De mon côté, votre exemplaire est toujours intact. Il y a néanmoins quelque chose qui m’intrigue. »

Alicia rouvre la boîte et l’expose à Sanson qui se penche sur son contenu. Le contrat passé avec Verdiani est en cendres, ce qui ne peut vouloir dire qu’une chose…

- Il a été détruit ?

- Je le crains » confirme la Régente. « Mais quelque chose est inhabituel. »

Joignant le geste à la parole, elle sort délicatement du tapis de cendres un minuscule morceau de papier, encore intact. Il semble porter une partie de la signature de Verdiani.

- En quoi est-ce étrange ? Votre sort n’aura pas tout détruit, voilà tout.

- Ce « sort » comme vous dites est puissant et utilisé par notre Maison depuis des générations. Il n’a aucune faille. Si tout n’a pas été réduit en cendres c’est qu’une partie de lui a subsisté, d’une façon ou d’une autre. Je vais me renseigner pour éclaircir cela. En attendant j’ai besoin de vous pour une tâche d’importance.

- Et en quoi puis je vous rendre service ? » Soupire Sanson, légèrement agacé.

- Dois-je vous rappeler la quantité d’informations sensibles que notre Maison détient sur vous, Sanson ? »

Un grognement sourd répond à la question. Alicia tend un papier à Sanson.

« J’aimerais que vous alliez enquêter sur ces lieux. »

Sanson jette un œil rapide à la liste « Je peux savoir pourquoi je me tape du tourisme en cette période de crise ? Je ne vois ce qu’un tour de la ville apporterait à mon enquête. »

- J’ai une piste, mais pour l’instant, je n’ai que des bribes d’hypothèses et je préfère confirmer certains éléments avant de partager plus d’informations.

- Je vois. Et que dois-je chercher ?

- Tout ce qui sort de l’ordinaire. Même si ce n’est que votre instinct. Vous étiez nerveux à votre arrivée ici non ? »

Sanson semble brièvement surpris.

- Oui. Il y a quelque chose de dangereux chez vous. Et ce n’est pas vous. Pas uniquement vous, je veux dire. »

Alicia sourit et hoche la tête : « Oui, vous avez un excellent instinct, Sanson. Il vous sera utile dans cette affaire. Allez observer tous ces lieux et revenez me voir pour votre rapport dès que possible. »

- Ainsi soit-il. » répond Sanson en glissant le papier dans sa poche. Il va pour faire demi-tour quand la Régente l’interpelle.

« Attendez Sanson, j’ai quelque chose pour vous aider dans cette quête. » Elle sort de son tiroir un médaillon en métal, gravé de nombreuses runes que Sanson ne parvient pas à déchiffrer.

- Merci, j’imagine. Comment cela va-t-il m’aider ?

- Pour commencer, il faut que vous portiez cette amulette. Mais une poche, ou un rat, ne suffiront pas. »

Sanson fronce les sourcils à cette précision, interloqué.

- Ouvrez votre chemise je vous prie.

- Madame Ravelyn, c’est pas un petit peu tôt, on se connaît à peine ? » glisse-t-il goguenard, tout en déboutonnant sa chemise.

Ignorant la blague, Alicia approche sa paume contenant le médaillon du torse de Sanson.

« Ça va piquer un peu. Mais ça ne devrait pas déranger un combattant tel que vous.

- Attention, je vais vraiment finir par croire que vous me… »

Sanson s’interrompt soudainement pour pousser un grondement sourd alors que la main d’Alicia entre en contact avec sa peau. Un léger crépitement se fait entendre tandis qu’elle applique une pression sur sa main et le médaillon. Après quelques minutes, la Régente retire sa main et le médaillon a disparu. Un très léger cercle rose persiste sur la peau du vampire. Sanson regarde avec surprise son torse.

« Je crois qu’il va falloir revoir votre définition de « piquer un peu », Madame Ravelyn.

- Comme vous n’avez pas de portefeuille, j’ai dû m’adapter. »

Sanson accueille la remarque d’un air étonné.

- N’ayez pas l’air surpris, vous n’avez pas le monopole des traits d’esprit, jeune Rat. Néanmoins, c’est la seule façon pour que cette amulette soit efficace. Il est possible qu’elle s’active à proximité d’éléments intéressants. Rapportez moi toute sensation inhabituelle. Elle vous accorde également un autre avantage. »

Alicia pointe un espace derrière elle. Vide jusqu’alors. Sanson y aperçoit alors les contours à peine définis d’une créature immense et griffue, une ombre menaçante. La peur s’empare de nouveau de lui.

« N’ayez crainte, il a pour instruction de ne faire aucun mal au porteur de ce médaillon.

- Voilà une confiance à laquelle je ne m’attendais pas.

- J’ai suffisamment d’informations vous concernant pour savoir que le risque est faible. Si vous deviez me trahir, j’en serai informée également. » ajoute Alicia en désignant le médaillon. « Ne cherchez surtout pas à le retirer vous-même, cela pourrait avoir des conséquences… fâcheuses. De votre côté, vous devriez également savoir que mon clan est le seul digne de confiance lorsqu’on parle du Sabbat et d’infiltration.

- Et vous que le mien a des rapports plutôt flous avec l’autre côté.

- Pour autant, je sais où va votre loyauté. Cette « souplesse » nous sera utile en temps voulu.

- Et qu’est ce qui me garantit votre probité exactement ? Vous en parlez comme d’une évidence. »

Alicia soupire.

« Il me semblait que le clan au cœur des informations avait certaines notions acquises. Notre organisation interne est secrète bien évidement, mais sachez qu’elle prévient tout risque de se lier avec l’ennemi séculaire. Et que les rares qui ont essayé ont immédiatement été identifiés et détruits. »

Sanson opine aux explications de l’aîné.

« Bien, il me semble que vous avez fort à faire ! je ne vous retiens pas plus longtemps. »

Sur ces mots, Alicia se rassoit derrière son bureau et ignore Sanson qui sort de la pièce à grandes enjambées. Il voit l’ombre le suivre et disparaître d’un mur à l’autre dans le couloir. Un frisson parcourt son échine alors qu’il s’engage prestement dans l’ascenseur pour redescendre.

Quelques minutes plus tard, Jonas pénètre dans le bureau de la Régente.

« Tout s’est passé comme prévu ?

- Oui, le médaillon est en place.

- Vous êtes vraiment sûre qu’on peut lui faire confiance ? » ose Jonas.

« Vous avez fini ce que je vous ai confié ?

- Oui, Régente Ravelyn. Les cristaux ont été préparés et sont disponibles dans le laboratoire.

- Il est tant d’accélérer un peu notre collecte d’informations sur les membres de la cour. Je veux un échantillon de sang de chacun des nouveaux nés d’ici la prochaine lune.

- Bien régente. » Jonas s’incline et sort du bureau.

Verdiani était bien plus prudent sur la collecte de sang. Si un aîné s’en rend compte, on se fera chasser de la cité. Elle refuse de me dire ce qu’elle cherche mais il doit se tramer quelque chose de grave pour qu’elle soit prête à prendre autant de risques.

Perdu dans ses pensées, Jonas retourne dans le laboratoire pour créer plus de cristaux qui serviront aux prélèvements.

*************

Dans les sous-sols lyonnais, Antigone, un sac en toile brute bandoulière, se dirige dans un bruit de chaînes qui s’entrechoquent vers les geôles des Rats. Elle s’avance vers une première cellule. Celle de la prisonnière sabbatique. Elle jette un œil rapide à l’intérieur de la cellule avant d’y rentrer et de refermer derrière elle la très lourde porte en métal dans un grincement. Elle s’assure de la bonne mise en place du pieu, toujours enfoncé dans le cœur. Elle examine le visage de la prisonnière, ou du moins ce qu’il en reste. La reconstitution a déjà commencé mais ne semble pas aller très vite. Elle sort de son sac une bouteille remplie de sang. Elle en verse une partie sur le visage de la créature inconsciente. Ce dernier est immédiatement absorbé. Antigone surveille d’un œil attentif la régénération progressive des tissus qui semblent à peine s’accélérer avec cette nourriture. Antigone vérifie de nouveau le pieu.

J’y suis sans doute allée un peu fort… elle va mettre du temps à pouvoir être interrogée. La tuile…

Antigone verse une nouvelle rasade de sang sur le visage de l’inconnue qui est aussitôt absorbée.

La jeune vampire jette un regard aux alentours et d’un geste vif, entaille son poignet avec ses crocs pour verser son sang sur le visage de l’ennemie. Cette nouvelle offrande est absorbée comme le reste mais elle semble accélérer le processus de guérison.

Ça devrait faire bouger les choses.

Antigone se relève et ressort prudemment de la cellule non sans avoir vérifié attentivement l’intégrité de la pièce et de la porte. Elle marche quelques dizaines de mètres avant d’arriver devant une nouvelle geôle. A l’intérieur, Gabrielle est inconsciente, un pieu dans le cœur.

Je me demande ce qu’elle a fait. Elle n’avait pas l’air bien méchante.

Antigone rentre dans la cellule. Elle s’agenouille auprès de Gabrielle et retire le pieu. Gabrielle reprend conscience instantanément.

« C’est l’heure de la pitance Gabi ! » Annonce Antigone en tendant la bouteille de sang à Gabrielle.

Cette dernière s’en empare avec avidité et la vide de son contenu.

« Berk. Du sang de porc.

- Je ne crois pas que tu sois en position de faire ta délicate, Gabi » souligne Antigone dans un sourire.

- Je n’ai rien fait, je le jure Antigone ! Et… » Gabrielle s’interrompt brutalement pour chercher quelque chose dans son dos. En panique elle se jette soudainement sur Antigone

« Ma sœur ! Où est ma sœur ! Rendez-moi ma sœur, voleurs ! »

Antigone repousse sans difficulté la jeune vampire hystérique et l’envoie valser d’un bras contre le mur de sa cellule.

« Tu vas te calmer tout de suite ou je te brise en deux. Je ne sais pas de quoi tu parles.

- Mon sac à dos. Mon panda. » Gabrielle se jette aux pieds d’Antigone « Faites ce que vous voulez de moi mais rendez-la moi, je vous en supplie… » D’abondantes larmes de sang inondent le visage d’une Gabrielle hoquetante et pathétique. D’un geste vif, Antigone remet le pieu à sa place et Gabrielle plonge de nouveau dans l’inconscience.

Antigone ressort de la cellule et se dirige vers une alcôve à proximité, où sont entreposées les affaires des prisonniers. Elle avise de sac de Gabrielle posé sur une étagère. Elle le manipule prudemment et l’ouvre. Elle en sort une urne en métal. Elle y déchiffre une inscription « Lucie : 1970 – 1980 ». Elle ouvre prudemment l’urne et renverse une partie de son contenu dans sa main. Des cendres s’envolent dans la lumière faiblarde des égouts lyonnais.

Merde.

Antigone retourne dans la cellule de Gabrielle et retire le pieu de nouveau. Elle saisit la jouvencelle par les épaules et la regarde droit dans les yeux :

« Gabrielle. J’ai trouvé Lucie. Mais si tu veux la revoir, va falloir que tu parles maintenant. »

Gabrielle s’effondre, visiblement désespérée.

- Je ne peux pas. Je ne peux pas. Je te jure que je ne veux de mal à personne. Je ne suis pas dans l’autre camp je…. Elle m’a forcé.

- Qui Gabrielle ? Qui t’a forcé ? Dis-moi tout, pour Lucie.

- Je… Je… » Dans un effort surhumain, Gabrielle tente de parler mais n’y parvient pas. Antigone reconnaît sans mal ces symptômes et sait comment tout cela se finira.

- Je suis désolée Gabrielle. Parle-moi de Lucie. Parle-moi de ta sœur. »

Gabrielle marque une pause.

« C’était ma petite sœur. Elle est née alors que j’avais quatre ans. Nous nous entendions bien, puis un jour, alors que nous jouions dehors en grimpant aux arbres, elle est tombée et s’est cassé le bras. A l’hôpital, les médecins qui l’ont reçu ont fait des analyses et il y avait un problème. Une leucémie. Pourtant elle allait bien ! Pendant six ans, nous avons fait des allers retours à l’hôpital. Ma mère a arrêté de travailler pour s’occuper d’elle. Mon père travaillait plus pour payer les traitements mais pour fuir la maison aussi… elle a rechuté deux fois. Et trois jours avant son dixième anniversaire…. elle… elle est…. » Gabrielle éclate en sanglots.

Antigone observe Gabrielle et sa détresse d’un œil neutre.

« Je suis désolée. »

Gabrielle retire sa perruque colorée habituelle et dévoile un crâne entièrement chauve.

« Quand j’étais encore humaine j’ai décidé de me raser le crâne suite à sa mort. Par provocation. Par hommage. Un mélange des deux j’imagine. J’étais une adolescente en colère. Mes parents se sont séparés un an après sa mort. Ma mère ne supportait pas de voir mon crâne rasé, elle a sombré dans l’alcool. J’ai fugué, j’ai vécu un temps dans la rue. Pas longtemps. J’ai rencontré ma Sire.

- Son nom ? »

Gabrielle fait non de la tête.

« Depuis, je cache mon crâne avec des perruques, comme ça ne repousse pas. S’il te plaît, ramène-la moi. Je me sens perdue sans sa présence. » supplique Gabrielle.

Antigone se dirige vers la sortie et revient quelques minutes plus tard. Elle jette le sac avec l’urne à Gabrielle qui n’en peut plus de joie et le serre contre sa poitrine.

« Lucie ! Tu m’as tellement manqué. J’ai plein de choses à te raconter. Maman aurait été furieuse que je te perde. »

Antigone rentre de nouveau dans la cellule, Gabrielle l’ignore totalement, parlant à son sac. Le pieu remit en place, Antigone reprend le sac et ressort de la cellule. A travers les barreaux, elle observe leur prisonnière, inerte sur le sol. Une ombre passe derrière elle et Sanson se matérialise derrière sa fille.

« J’ai trouvé comment la faire parler. » Annonce Antigone d’une voix triste en soulevant le panda, sans quitter Gabrielle des yeux.

- Je n’en attendais pas moins de toi, mon enfant. Tu as bien travaillé. Nous avons eu les informations concernant Gabrielle par Njäll, Pandore aurait eu une vision à son sujet. Le temps de vérifier deux trois éléments, nous avons pu l’interpeller.

- Elle est manipulée. Comme je l’ai été.

- Je sais. C’est du passé. Mais ça n’a rien à voir avec toi. » Sanson pose une main rassurante sur l’épaule de sa fille.

- Je ne sais pas trop. Elle va être détruite n’est-ce pas ? » s’enquiert Antigone.

Dans les ombres, Sanson opine : « Oui, sans aucun doute. »

- Je peux te demander un service ?

- Oui.

- Ses cendres. Tu pourras les mélanger avec celle de l’urne qu’elle a dans son sac ? »

Sanson reste un instant silencieux.

« Ça ne te ressemble pas d’être aussi sentimentale, ma fille.

- La famille. C’est sa folie, Père. La famille, c’est tout ce qu’on a, au fond. Moi aussi, je tuerais pour ma famille. Notre famille. »

Sanson serre légèrement la main sur l’épaule de sa fille. Ils contemplent ensemble et en silence la jeune femme au crâne rasé, allongée sur le sol de la cellule. Dans les brumes de sa torpeur, Gabrielle rêve.

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