13-La réunion
Lyon, 12 avril 2016
Les talons d’Elisabeth résonnent sur le pavé de la place des Terreaux. En ce milieu de soirée, de nombreux humains s’activent encore sur la place. Des jeunes pour la plupart. Elle sent les cigarettes et l’alcool dans l’air. Elisabeth avise un instant la silhouette du Musée des Beaux-Arts qui s’élève devant elle, son éclairage nocturne mettant en valeur le bâtiment.
Elle franchit d’un pas vif les marche de l’entrée et franchit la porte pour atterrir dans un petit jardin au silence appréciable malgré l’agitation des rues.
A peine a-t-elle franchi le seuil de la porte qu’une jeune femme accueille Elisabeth avec enthousiasme.
« Bonjour, c’est une soirée privée. Avez-vous une invitation ? »
Elisabeth détaille un instant la jeune femme. Elle a l’air d’avoir à peine 18 ans. Elle arbore un uniforme revisité de lycéenne d’école japonaise. Une jupe courte grise dissimule à peine une paire de bas avec une tête de chat dessinée sur les genoux. Un chemisier blanc profondément décolleté et une veste grise avec un écusson standard semblent tout droit sortis d’un fantasme adolescent. Ses cheveux bruns attachés en deux couettes sur le haut du crâne, ondulent à chaque hochement de tête de la jeune femme. Elle remet en place une paire de lunettes rectangulaire à monture épaisse et noire avant de regarder sur un bloc note une liste d’invités.
Elisabeth sourit : « Oui. Mademoiselle de la Pierre Blanche. »
La jeune femme vérifie sa liste attentivement et sourit joyeusement.
« Bien sûr ! Bienvenue Elisabeth, je suis Jenny, votre hôte pour la soirée. Si vous avez besoin de quoique ce soit, n’hésitez pas ! »
- En effet, j’aurais besoin d’un service immédiat, Jenny.
- Oui bien sûr ! Comment puis-je vous aider ? »
L’enthousiasme de la jeune fille rendrait presque Elisabeth désolée de ce qui va suivre. Sur un ton ferme mais avec un sourire désarmant, elle chuchote à la jeune fille :
« Ne m’appelez plus jamais par mon prénom sans mon autorisation, Jenny. Qui est votre maître ? »
Le visage de Jenny se décompose instantanément. Paniquée et au bord des larmes, elle indique d’une voix triste et le regard bas : « Salomon Uriage. »
« Merci Mademoiselle. Je ne manquerai pas de lui en toucher deux mots. Soyez attentive, il me semble que de nombreux invités de hauts rangs sont attendus ce soir. »
La mine grave, Jenny opine et fixe de nouveau la porte d’entrée.
Elisabeth, poursuit son chemin à travers le jardin. Un homme y est également présent. Elle croise son regard pétillant un instant. Un léger sourire se fait sur son visage. Il est vêtu d’un costume de couleur crème et arbore une cravate de soie violette, avec sa pochette assortie. Malgré son costume incroyablement bien coupé, il semble incroyablement maigre, ses cheveux coupés courts, brun et bouclés. Alors qu’elle passe à son niveau, il la rejoint d’un pas assuré et lui dit sur un ton amusé :
« Vous n’y êtes pas allée de main morte avec la pauvre Jenny, Mademoiselle de la Pierre Blanche. »
Elisabeth lui rend son sourire.
« Le respect est une chose importante, Monsieur… ? »
- Sinclair. Alexandre Sinclair. J’ai fini de prendre l’air, je peux vous accompagner jusqu’à la salle de réception, si vous le souhaitez. »
Accompagnant le geste à la parole, il tend son bras à Elisabeth. Cette dernière, glisse délicatement sa main au creux du coude d’Alexandre, tandis qu’ils rentrent dans le bâtiment et descendent les escaliers jusqu’à l’espace visiblement dédié aux sculptures. Le long du chemin, Elisabeth s’émerveille des tableaux qui parsèment les couloirs du musée jusqu’à la salle. Alexandre lui explique l’histoire de certains d’entre eux. Ses yeux semblent s’animer d’un éclat particulier pendant son récit. Elisabeth, le regarde, amusée.
La salle de réception a été installée dans la section des sculptures du musée. Ce dernier, clairement privatisé pour la nuit ne semble accueillir aucun être humain. Elisabeth constate que plusieurs autres vampires sont déjà présents dans la salle. Dans l’escalier surplombant l’arrivée dans la salle, elle remarque un alignement de tables en bois précieux, et plusieurs chaises installées derrière elles qui détonnent avec l’agencement du musée.
Arrivés en bas des escalier, Alexandre retire son bras et s’incline légèrement devant Elisabeth.
« Vous voici arrivée, Mademoiselle de la Pierre Blanche. Je vous souhaite une bonne soirée » Il s’éloigne rapidement et va discuter avec d’autres personnes déjà présentes qui semblent le saluer avec déférence.
Elisabeth balaye la salle d’un œil expérimenté. Dans un coin de la pièce, elle avise Amédée. Elle prend note mentalement d’aller lui parler tout à l’heure. Un petit groupe attire son attention, il semble discuter vivement, malgré l’ambiance feutrée du musée. Un homme aux cheveux longs et en long manteau de cuir semble mener le débat. A ses côtés, une jeune femme, de dos, arbore un pantalon noir avec des chaînes et semble boire les propos de l’homme en cuir. Un homme à la barbe moyenne et aux cheveux châtains réunis en catogan sur sa nuque semble contrarié. Il arbore un T-shirt aux motifs agressifs sur lequel Elisabeth parvient à lire « AC/DC ». Il faudra qu’elle avise Marcello de lui expliquer ce que signifie cet acronyme.
Elisabeth s’avance vers eux, observant les statues de marbre blanc qui remplissent la pièce. Une fois assez près, elle parvient à distinguer quelques mots. « Trop tôt … poser des questions … destruction spectacle… »
L’homme en cuir semble remarquer la présence d’Elisabeth et clôt la discussion de sa voix rocailleuse. Elisabeth, faussement perdue dans la contemplation du buste de Juliette Récamier perçoit les pas de l’homme au long manteau.
« Bonsoir. Je suis Sanson, Sénéchal de son Altesse. Il ne me semble pas vous avoir déjà vu sur la cité. Pouvez-vous décliner votre identité ? »
Elisabeth, dans un sourire, s’incline légèrement et répond calmement :
« Enchanté Monsieur Sanson. Je suis Elisabeth de la Pierre Blanche, nouvelle née des Roys et nouvellement arrivée sur le lyonnais, en effet. Son Altesse a été prévenue ainsi que mon ainée mais je viens faire ma demande officiellement ce soir auprès de lui. J’ai entendu dire qu’il nous fera l’immense honneur de sa présence ? »
Sanson grimace un instant et dans un grondement :
« Je ne suis pas sa nounou. Et vous pouvez m’appeler Sanson.
- C’est noté, Sanson. Merci de votre vigilance. »
Sanson s’éloigne d’un pas lourd et rejoint un autre groupe constitué d’une jeune fille frêle aux longs cheveux noirs et d’un homme d’une corpulence impressionnante.
Elisabeth continue son examen attentif de la salle et détaille chaque personne présente quand elle est interrompue par une annonce :
« Chers semblables de Lyon, la Régente Alicia Ravelyn et les membres de la Maison des Sorciers sont présents ! »
L’annonce est faite par Edward Mordrake, Elisabeth se rappelle les notes d’Amédée. Il est Gardien d’Elyséum, garant de la sécurité des lieux et du bon déroulement des réunions. L’homme est athlétique et arbore une tenue décontractée, son chapeau laissant échapper quelques mèches folles de ses cheveux blonds.
Elisabeth avise la Régente : elle marche en tête du petit groupe, sa canne frappant le sol en rythme régulier, suivi de quelques pas par ses deux acolytes en costard. Alors qu’elle pose son regard sur Alicia, un frisson semble parcourir l’échine d’Elisabeth. Aucune note sur elle dans les documents d’Amédée, elle doit être nouvelle sur la cité. Amédée avait évoqué la disparition du précédent Régent.
ça ne présage rien de bon….
D’un pas mesuré, Alicia se rend vers les tables et s’assoit sur une des chaises extérieures, posant sa canne en évidence contre le bois. Elle glisse quelques mots à ses deux subordonnés qui se dispersent dans la salle après un discret hochement de tête. Elisabeth se demande ce que cache ce masque. Au moment où Elisabeth se pose cette question, Alicia la fixe du regard. Mal à l’aise, Elisabeth s’éloigne pour se mettre hors de portée, et aperçoit du coin de l’œil Alexandre qui s’assoit également à la table réservée aux aînés, à côté d’Alicia.
« Bonsoir cousine »
Concentrée sur ses observations, Elisabeth n’avait pas entendu Amédée se glisser derrière elle.
« Bonsoir Amédée, vous avez la discrétion pour vous ce soir.
- Et vous avez le don de vous faire de bonnes relations rapidement. Arriver au bras d’Alexandre Sinclair. Félicitations.
- Cher cousin, vous me flattez, ce n’était là que purement fortuit. Mais il a l’air en effet d’un personnage fort intéressant. Savez vous s’il accepte de dispenser des mentorats ?
- Je l’ignore mais je ne doute pas que vous saurez le convaincre, ma chère. »
Tandis que Elisabeth et Amédée évitent soigneusement tout sujet que des oreilles indiscrètes pourraient entendre, le groupe formé par Sanson, Samuel, Alceste et Salomon semble s’agiter.
« Ce n’est pas une bonne idée, nous avons encore des informations à tirer de lui. » assène Sanson
- Sanson, plus longtemps il reste en vie et plus ils risquent de nous attaquer pour le reprendre
- Je suis d’accord avec Salomon, abonde Samuel
- Et toi Alceste, qu’en penses-tu ? «
La jeune fille semble hésiter longuement, d’une voix douce elle explique « Le Prince a déjà décidé non ? Est-ce qu’il y a quoique ce soit que nous puissions faire pour l’empêcher d’exécuter le prisonnier ce soir ? »
Sanson grogne comme seule réponse. Il s’éloigne du groupe et va rejoindre Antigone qui s’est accroupie dans un coin et ne fait rien pour cacher son ennui.
« Antigone
- Oui père ! »
A l’arrivée de Sanson, le visage d’Antigone s’illumine et elle se relève immédiatement.
« Que penses-tu de l’exécution de ce soir ?
- A vrai dire je m’en fous un peu, mais je trouve ça toujours chouette de se dire qu’on va avoir un sabbatique en moins.
- Mais est ce que tu penses qu’on ne devrait pas plutôt s’en servir comme appât ? ou l’infiltrer ?
- Tu sais comme moi que ça ne marchera pas… Tout le monde sait ce qui arrive aux prisonniers des deux côtés… Personne ne s’échappe des geôles sécurisées dans les égouts. Ce sera bien trop suspect.
- Je crois que je vais donc me ranger à l’avis général. »
Sanson et Antigone continuent d’échanger, pendant qu’une agitation semble s’emparer de la salle. Tous posent un genou à terre ou s’inclinent lorsque qu’Edward annonce de sa voix impeccable :
« Semblables, honorez la présence de Son Altesse Jean de Beaugrand, Prince du lyonnais, Purificateur de la capitale des Gaules et Porteur de Lumière. Ce dernier est accompagné de John Ball, Ancien du clan des philosophes »
Alicia derrière sa table, s’est levée, ainsi qu’Alexandre. Les deux aînés s’inclinent rapidement.
Le prince, habillé d’une chemise à jabot d’un autre temps est mis en valeur par une redingote de velours bordeaux, délicatement brodée d’or sur les bordures. De part et d’autre de ses hanches sont visibles deux longs sabres dans leurs fourreaux. Il avance d’un pas vif dans la salle, tirant derrière lui sans ménagement, enchaîné pieds et poings, un vampire à l’apparence désastreuse. Tuméfié, sale, à peine recouvert de chiffes en lambeaux et pieds nus, il est traîné par le Prince qui remet ensuite les chaînes à John.
Le Prince se poste au milieu de la salle et prend la parole d’une voix pleine d’assurance :
« Chers semblables, ce soir est un soir de réjouissance ! L’engeance sabbatique verra l’un de ses partisans détruit. Ceci est un pas de plus vers l’éradication complète de ce mal qui ronge notre lumineuse cité depuis bien trop longtemps. Ne relâchons pas nos efforts. Je sais qu’il était connu et apprécié par certains d’entre vous alors qu’il se faisait passer pour l’un des nôtres. Je vous invite de nouveau à la plus grande vigilance. Cette cité est sous ma protection et je ne tolèrerai aucune bravade de quiconque. Mon Sénéchal ! Où est mon Sénéchal ? »
Sanson s’avance immédiatement pour se présenter devant le Prince « Je suis là votre Altesse. »
« Sanson, l’exécution te revient. Procède, je t’en prie. »
Le Prince tend l’un de ses sabres à Sanson qui s’en empare. Le Prince reprend la parole « Regardez tous ! Regardez s’accomplir la justice de votre Prince. A mon commandement, Sanson. »
Le Prince se tourne vers le prisonnier : « As-tu un dernier mot à adresser à la foule, vermine ? »
Le prisonnier, dans un soubresaut, tente de se jeter sur le Prince. Ce dernier, ne bouge pas. Les chaînes sont vivement tirées par John, et le prisonnier s’affaisse sur le sol, comme pris de démence, les yeux hagards il scande :
« La Foi guidera les hérétiques vers la libération ! La Foi nous guidera et nous libèrera ! Vous verrez la vérité ! Vous verrez ! »
C’est sans un bruit et d’un geste sûr que Sanson abat le sabre sur le vampire et lui tranche la tête d’un seul mouvement. Il tombe en poussière immédiatement.
Alors que le Prince tourne les talons pour aller s’assoir derrière la table, entouré d’Alicia, Alexandre et John qui s’assoient à leur tour, il remarque que la Régente range discrètement un carnet.
****************
Elisabeth a le regard dans le vide devant une immense statue de marbre blanc lorsqu’une voix familière la sort de sa torpeur
« Caïn et sa race maudits de Dieu, vous avez un excellent goût en matière d’art Mademoiselle de la Pierre Blanche. Cette statue est un symbole intéressant pour ceux de notre… nature. Edward a été fort pertinent dans le choix de ce lieu. Admirez le travail du sculpteur qui a rendu tout le désespoir de Caïn, de la femme et des enfants qui l’accompagnent. Et la qualité de ce marbre ! On croirait les personnages prêts à se mouvoir à tout instant, ses cheveux prêts à frémir à la première brise et… »
Alexandre s’interrompt et avise le léger sourire d’Elisabeth.
« Pardonnez-moi, Mademoiselle, j’ai tendance à m’emporter lorsqu’il s’agit d’art, comme vous vous en doutez.
- Ne vous excusez pas M. Sinclair. C’était passionnant et votre exaltation serait contagieuse en d’autres circonstances. Je dois avouer que cette mise à mort, fût-elle celle de nos ennemis, a, je le crains, terni mon humeur pour le reste de la nuit.
- Je vois.
- Mais je pourrai vous entendre parler d’art avec grand plaisir, M. Sinclair.
- Dans ce cas, Mademoiselle, si vous permettez, il se trouve que mes appartements sont à quelques minutes d’ici et que je possède une collection personnelle, notamment du septième art, qui devrait permettre d’influencer positivement votre humeur.
Un instant surprise, Elisabeth répond dans un sourire : « Ce sera avec grand plaisir et honneur M. Sinclair. J’ai d’ailleurs quelques affaires privées dont j’aimerais vous entretenir.
- Et bien allons y sans plus attendre, tant que la nuit est encore jeune. »
Joignant son geste à la parole, il offre son bras à Elisabeth, et les deux vampires sortent du musée comme ils y étaient entrés.
Sur le chemin, ils croisent une femme habillée de vêtements amples qu’Alexandre salue discrètement sans s’arrêter. La femme poursuit sa descente des marches jusqu’à la salle principale. A son arrivée dans la pièce, la voix d’Edward annonce : « Babaganoush dites « Baba », Ancienne du clan des moches, vient d’arriver »
Tandis que les conversations cessent brutalement, de nombreux regards choqués se tournent vers Edward, qui reste impassible. Les aînés encore présents, jettent un regard désapprobateur au Gardien d’Elyseum à l’exception de John qui ne semble pas avoir entendu.
Babaganoush brise l’ambiance pesante d’un rire cristallin : « Ah, merci Edward, tu as bien rempli ta mission. Les têtes des membres de la cour valent bien ce que je t’ai payé pour m’annoncer ainsi. Mais entre nous, il faut bien avouer que mon sang n’a pas un physique facile, il ne faudrait pas que nos capacités à le dissimuler vous le fasse oublier. Merci pour ce rappel Edward ! »
Elle gratifie un Edward toujours impassible, d’une petite tape sur l’épaule et s’avance vers les aînés déjà présents
« Ah ! Votre Altesse ! J’ai raté l’animation de la soirée il me semble ! Mes excuses. » Elle accompagne ses mots d’une brève révérence qui soulève une odeur de poussière et d’humidité.
« Baba, la prochaine fois que vous vous servez d’un membre de mon sang pour vos blagues ridicules, je vous fais couper un membre. Est-ce clair ? »
Un silence pesant s’installe de nouveau dans la salle. Babaganoush semble vouloir le laisser durer. Sur un ton plus calme, elle répond « Il sera fait selon vos désirs, mon Prince. » et s’assoit sans plus de cérémonie avec les autres derrière la table. Elle semble examiner Alicia avec attention tandis que cette dernière semble ne pas l’avoir remarquée.
« Maître des harpies ! Où est-il ? Manuel ! »
A l’appel du Prince, un jeune homme au cheveux longs et bruns, coiffé d’un béret s’approche en panique, une brassée de feuille entre les bras, des taches de peinture sur le visage.
« Bien. Manuel, merci de bien vouloir annoncer tous les nouveaux venus pour qu’ils puissent se présenter. »
Toujours affolé, Manuel semble compulser ses notes frénétiquement tout en bégayant :
« Oui… oui… Les nouveaux. Attendez, j’ai ça… ici… non… attendez. Oui ! ça y est ! »
Triomphant, il sort une note parmi sa liasse et la brandit tandis que la moitié des autres papiers s’écrase au sol.
Le prince lève les yeux au ciel de façon ostentatoire et commence à manifester une impatience visible. Babaganoush et John semblent s’amuser follement de la situation. Alicia reste impassible.
Manuel lit ses notes d’une voix hésitante : « Sont invités à se présenter ce soir devant Son Altesse Jean de Beaugras.. euh …grand ! Beaugrand : Mademoiselle Elisabeth de la Pierre Blanche, du clan des Roys, Antigone sans clan et …. » Il consulte de nouveau ses notes « Et c’est tout ! »
Semblant épuisé de sa performance, Manuel se tourne vers les aînés tandis que deux personnes se sont avancées devant eux.
« Vous n’oubliez personne, Manuel ? »
De nouveau, le béret s’agite à la recherche de réponse dans la salle. Son visage se décompose soudain « La Régente ! Je veux dire Madame Alicia Ravelyn est nouvelle aussi sur la cité. Mais comme c’est une aînée j’imaginais qu’elle n’allait pas se présenter parce qu’elle l’aura fait directement auprès de vous et je suis désolévraimentdésoléolalala… »
Avant que Manuel s’évanouisse sous l’effet du stress, le Prince lui intime le silence d’un geste de la main :
« Nous n’allons pas y passer la nuit. Mademoiselle de la Pierre Blanche s’est absentée et est venue me voir directement donc tout est réglé en ce qui la concerne. Pour les deux personnes restantes merci de vous présenter. »
Antigone fait un pas en avant et récite d’une voix lasse :
« Votre Altesse, je suis Antigone, Anarch et requiert le droit de chasse et de résidence sur vos terres.
- Qui est votre superviseur ?
- Sanson, il est également mon Sire.
- Bien. C’est accordé, et toutes vos erreurs seront directement imputées à mon Sénéchal, j’espère que vous en êtes consciente, Antigone.
- Oui votre Altesse.
- Vous pouvez disposer. »
Antigone s’éloigne sans demander son reste pour retourner auprès de Sanson qui la couve d’un regard bienveillant. Alicia et John la suivent du regard un moment. Le prince reprend « Mademoiselle, il me semble que vous n’êtes pas sur la liste de Manuel » Il soupire. « Présentez-vous je vous prie ».
Une jeune femme boulotte, de taille moyenne, arborant une perruque multicolore s’avance d’un pas. Elle est habillée d’un jean et d’un T-shirt arborant un Pokémon. Dans son dos un sac à dos en peluche représentant un panda. D’une voix douce elle prend la parole, semblant nerveuse : « Votre Altesse, je suis Gabrielle, nouvelle née de la Lune et je demande humblement droit de résidence et de chasse sur vos terres, comme je l’ai déjà fait dans un message à l’attention de M. de la Muerte. » Elle jette un regard furtif en direction de Manuel dont le malaise grandit à chaque minute.
Le Prince examine longuement Gabrielle avant de répondre : « Qui est votre garant Mademoiselle ?
- Mon aîné, Njäll Grundson, votre Altesse.
- Je vous donne l’autorisation, jouvencelle. Vous pouvez disposer. »
Gabrielle s’éloigne rapidement pour rejoindre une jeune femme aux yeux recouverts d’un voile blanc et aux longs cheveux noirs et ondulés.
D’une voix forte, le Prince annonce « Je me retire pour cette nuit. N’oubliez pas que la lutte contre nos ennemis n’est pas terminée malgré la victoire de ce soir. Soyez attentifs. Pax noctis. » Il se lève et s’en va d’un pas rapide, après avoir glissé quelques mots à l’oreille d’Edward sur le chemin. Ce dernier semble avoir blêmi à leur écoute.
Les conversations reprennent bon train une fois le Prince parti. John se lève et va administrer une vigoureuse tape dans le dos de Manuel avec un rire tonitruant « Monsieur De la Muerte, ne cessez jamais de nous distraire autant pendant nos soirées ! Je vous trouve hilarant. Peut être devriez vous abandonner l’art de la peinture pour celui du one man show ! Vous y avez indéniablement plus de talent !»
Manuel semble contrit de cette remarque et marmonne de façon inintelligible dans sa barbe. Quelques légers rires fusent des vampires ayant entendu la remarque de Messire Ball. Ce dernier s’en va pour discuter avec Samuel un moment. Manuel se retire et s’abîme dans la contemplation d’une sculpture.
Tandis que les vampires vaquent à leurs occupations et que chacun semble occupé, Alicia sort son carnet. Sur une page elle a noté les dernières paroles du condamné. Elle griffonne quelques notes en dessous, traduisant la phrase dans différentes langues. Soudain, elle se fige. Elle ferme vivement son carnet et se lève pour quitter les lieux. Avant de partir elle avise Jonas, seul dans un coin de la pièce, occupé à prendre des notes. Elle lui glisse quelques mots à l’oreille : « Je dois rentrer faire des recherches. Convoquez une réunion dès demain soir avec l’apprenti Maurot. »
Jonas regarde la Régente s’éloigner et constate qu’il fixe l’escalier vide depuis plusieurs minutes. Un frisson le parcourt alors qu’il se replonge dans ses notes.